Rapport 2021 de l'observatoire des pratiques numériques des jeunes

L’observatoire des pratiques numériques des adolescent·es en Normandie constitue un volet important du dispositif « Education aux écrans », financé par la région Normandie depuis 10 ans et mis en œuvre par les CEMÉA.
Média secondaire

Rapport 2021 de l'observatoire des pratiques numériques des jeunes

L’observatoire des pratiques numérique des adolescent·es en Normandie est un outil qui repose sur le recueil de plusieurs milliers de questionnaires (3055 en 2014 première année de l’observatoire ; jusqu’à 7553 en 2019). Il est utile aux établissements qui y contribuent car il leur donne en temps réel une cartographie des usages numériques de leurs élèves, et des difficultés éventuelles qu’ils rencontrent sur les plateformes en ligne, notamment en termes de harcèlement.

Le rapport annuel de l’observatoire s’est appuyé également sur la passation d’entretiens auprès d’une cinquantaine de jeunes, pour explorer des problématiques spécifiques (violences numériques, information, rapport à la désinformation, relations affectives). Il sert ainsi de support à la formation des enseignants et des formateurs des CEMÉA, il constitue un point de départ pour les séances de formation avec les jeunes de chaque établissement pour lancer les activités de réflexion sur le numérique.

Cet observatoire a aussi une dimension de recherche. L’exploration annuelle de ses statistiques ainsi que ses analyses qualitatives irriguent des travaux de recherche et ont été à l’origine de plusieurs découvertes permettant de complexifier notre compréhension de la relation des adolescents au numérique.

Dès 2014, nous avons pu mettre en évidence les traits d’une hyperconnexion chez les adolescents, qui font dès lors partie des catégories de la population les plus connectées et développent des réseaux de contacts de plus en plus étendus, sur Facebook. Certains en sont encore exclus et leur situation est ressentie comme une forme de relégation.

Dès 2016, nous avons pu déceler une forme d’ennui liée à la présentation de l’information sur le « fil d’actualité » de Facebook. Cet ennui était à la fois une lassitude vis-à-vis des efforts que requiert la consultation du compte, du fait de l’inadéquation entre les centres d’intérêt des usagers et les propositions faites par des algorithmes censés être profilés et individualisés. Il entraînait une consultation de plus en plus rapide, mais fréquente. Il était l’indice de la modalité de travail que représente l’alimentation et la consultation des comptes des réseaux socionumériques (le « travail en réseau », décrit par Antonio Casilli, 2019).

Nous relevions également chaque année le haut niveau de l’appréhension du harcèlement sur les plateformes numériques, particulièrement auprès des filles, dont chaque publication visuelle pouvait déclencher une salve d’agressions numériques, menaces, insultes notamment. Celle-ci s’est malheureusement confirmée au fil des observatoires et des années.

En 2019, les entretiens menés avec Laurence Corroy nous alertent sur l’intrusion du dispositif des flammes de Snapchat dans les relations affectives des adolescents, et l’intensité du travail émotionnel qu’elles suscitent, lorsqu’ils décident de les « rompre ». Les « flammes » de Snapchat qui « mesurent » et récompensent l’envoi de photos entre amis chaque jour constitue un des dispositifs du « web affectif » décrit par Camille Alloing et Julien Pierre (2017). Il caractérise l’intrication des techniques marketing dans le design des plateformes et l’instrumentalisation des émotions au service de l’intensification du trafic sur leurs espaces.

Ce septième rapport explorera 8 dimensions, en 8 articles : l’évolution des équipements, notamment sous la pression de la crise sanitaire et des périodes de confinement ; la bataille des réseaux socionumériques pour gagner le cœur des adolescents; les différences sexuées des usages du numérique ; le poids des discours discriminatoires ; les pratiques créatives et éducatives ; les pratiques informationnelles ; le rôle des parents dans la construction de médiations aux médias numériques.


1. Les équipements numériques dopés par la crise sanitaire


2. La bataille des réseaux socionumériques (RSN) pour gagner le cœur des adolescents


3. Les différences sexuées des vies numériques des filles et des garçons


4. Exposition de soi et précautions prises par les adolescents


5. Discours discriminatoires et violences sexistes


6. Développement des activités personnelles de publication et des créations numériques éducatives


7. La place des RSN dans les pratiques informationnelles des adolescents


8. Les parents, un soutien à géométrie variable face à internet


7è Rapport de l'Observatoire des pratiques numériques des adolescents en Normandie, 2021

Rappel des caractéristiques de l’échantillon de l’Observatoire

La crise sanitaire a impacté le rapport de l’Observatoire, cette année encore, en rendant impossible les entretiens et l’analyse qualitative. L’Observatoire de cette année se basera donc sur les réponses au questionnaire, moins nombreuses aussi cette année du fait des conditions très complexes du fonctionnement des établissements pendant cette crise.

Le questionnaire 2021 a recueilli les réponses de 3969 adolescents de 14 à 18 ans participant au dispositif « Education aux écrans ». Les données ont été traitées avec le logiciel Modalisa. L’échantillon est équilibré selon le genre, les filles représentent la moitié des enquêtés. Les adolescents inscrits en seconde générale (filière GT) représentent 43 % de l’échantillon, alors que 57 % sont scolarisés dans des filières professionnelles. Chaque filière est donc suffisamment représentée pour que les données soient significatives, mais les filières professionnelles sont surreprésentées dans l’échantillon, par rapport à la situation régionale et nationale.

Les données font donc l’objet d’un redressement statistique lorsque nous donnons des statistiques générales ou par genre, afin d'avoir une représentation des jeunes en formation après le collège proportionnelle à la réalité nationale, dans laquelle les filières professionnelles représentent environ 30 % des adolescents. Quant à la répartition par âge, comme les années précédentes, l'échantillon est composé majoritairement d’adolescents entre 15 et 16 ans (83%), avec une composition plus âgée des jeunes en filières professionnelles.

A la différence des précédents rapports, les données des questionnaires passés en classes de première suite à l’extension du dispositif « Education aux écrans » dans cette classe permettront de proposer une synthèse des pratiques informationnelles des jeunes.

7è Rapport de l’Observatoire des pratiques numériques des adolescents en Normandie - 2021

Par Sophie JEHEL, Maîtresse de conférences à l'Université Paris 8 en Sciences de l'information et de la communication, Habilitée à diriger des recherches, chercheure au CEMTI, sophie.jehel@univ-paris8.fr.