LA MÉDIATHÈQUE ÉDUC’ACTIVE DES CEMÉA

C'est quoi la cybersurveillance ?

Animer un parcours de sensibilisation à l'histoire, aux techniques et aux enjeux de la cybersurveillance.
Le terme cybersurveillance, est issu de la contraction des termes "cyberespace" [espace virtuel qui rassemble les internautes et les ressources d’informations accessibles à travers des réseaux d’appareils numériques tels que les ordinateurs, smartphone...] et "surveillance" [le fait de surveiller, contrôler quelqu'un ou quelque chose].
Média secondaire

La notion de cybersurveillance est une notion relativement récente, puisqu'elle n'apparaîtra qu'en 1948 avec l'apparition de la cybernétique (études des mécanismes d'informations et de systèmes), et s'ancrera définitivement dans le vocabulaire à partir des années 70 avec l'essor des réseaux sociaux numériques. ( cf Tremblay.M)

La cybersurveillance est un mécanisme de surveillance des personnes, d'objets ou de processus, reposant sur les nouvelles technologies et qui s'exerce à partir et sur des réseaux d'informations, tel qu'Internet. Elle vise à faciliter la surveillance des individus, compte tenu de la quantité, ou de la complexité des informations à traiter. Tout comme la surveillance, elle renvoie à des activités de collecte et d'analyse de ses informations, poursuivant diverses finalités, telles que prévenir des menaces, et assurer la sécurité des personnes, lieux... Depuis une dizaine d'années, celle-ci s'est intensifiée notamment à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis, ou encore du 7 juillet 2005 dans le métro de Londres, et du 13 novembre 2015 à Paris. Le besoin de mettre en place des mesures visant à minimiser les risques qui menacent la sécurité d’État et de sa population et les craintes qu'ils suscitent se sont ainsi imposées depuis ces événements.

Cybersurveillance et surveillance

Mieux comprendre les notions de Cybersurveillance et surveillance avec Katia Roux d'Amnesty International France :

 

Cybersurveillance et surveillance.

Katia ROUX, chargée de plaidoyer au sein du programme Libertés Amnesty International France

Quelle est la différence entre surveillance ciblée et surveillance de masse

Mise en situation : Comprendre la Cybersurveillance

Proposition 1 : Dessine moi la Cybersurveillance

≈ Suggestion de consigne :

  • L'animateur.rice divise les participant.e.s en petit groupe de 3-4 minimum. Puis leur demande d'illustrer par le biais d'un schéma, dessin, carte mentale, ce que signifie pour eux·elles le terme suivant:  Cybersurveillance.

    Retour en grand groupe :

  • L'animateur.rice demande a chaque équipe de venir présenter à tour de rôle leur schéma, carte mentale, dessin, devant illustrer la cybersurveillance.
  • A la fin des différentes présentations, l'animateur.rice demandera aux participant.e.s de trouver des exemples où peut prendre place la Cybersurveillance. (à lécole, dans la rue, sur internet, le téléphone, à la maison....).
Proposition 2 : Pour moi, la cybersurveillance c'est... 

≈ Suggestion de consigne :

Utilisation de la méthode « Métaplan », permettant d’aborder un sujet de façon ludique et exhaustive :

  •  Inscrire la question au tableau : C’est quoi la cybersurveillance ?
  •  Distribuer des post-it et feutres, puis inviter les élèves à répondre à la question, en un ou deux mots.
  •  Afficher les post-it sur le tableau.
  •  Débattre en grand groupe sur le sujet de départ : Que signifie pour eux·elles  la cybersurveillance : pour moi la cyber-surveillance c'est.../ J'ai déjà entendu parler de cybersurveillance dans les médias... Je connais des affaires liées à la cybersurveillance.... La cybersurveillance prend place sur internet,dans la rue....
  •  A la suite de ce temps, l'animateur.rice avec les participant.es, reprend et synthétise les échanges pour construire collectivement une définition de la cybersurveillance.
  •  Après  avoir construit la définition, l'animateur·trice  demande aux participant·es quels outils peuvent être utiliser pour cybersurveiller.
  •  Pour finir, il ou elle diffuse l’une des deux vidéos ci-dessus de Katia Roux, permettant d’apporter une définition claire de la cybersurveillance.

Fonctionnement de la cybersurveillance

Les enjeux et risques de la cybersurveillance 

A la fin du XXème siècle un nouveau champ d'étude fera son apparition : les "surveillance studies" [traduction : études de la surveillance]. Ce dernier a pour objectif d'étudier, comprendre les enjeux qui entourent aujourd'hui les questions de (cyber)surveillance au sein de nos sociétés, d'en comprendre leurs effets et ses différents usages en lien avec le développement de nouvelles technologies notamment dans le contrôle des population, des discriminations, mais également les formes de résistances qui se sont développées au fil des années face à la surveillance.

Les enjeux de la cybersurveillance sont aujourd'hui multiples, mais pas si nouveau que cela. L'utilisation de la surveillance et plus récemment de la cybersurveillance par des régimes autoritaires ne datent pas d'hier et ses conséquences dramatiques ont toujours fait partie de l'histoire.  Ces 10 dernières années nous avons connu à l'échelle mondiale de nombreux événements tragiques. Ces derniers ayant légitimé et donc rendu possible la mise en place de nombreuses lois dites "sécuritaires", et l’utilisation de nouvelles technologies de surveillance de masse par les gouvernements, renforçant ainsi l'accès des services de renseignements et de la police, à un plus grand nombre d'informations sur tout le monde.

L'exemple de la loi du 19 mai 2023 relative aux jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 en est un parfait exemple. Afin d'éviter les incidents qui ont lieu au Stade de France en 2022 lors de la finale de la ligue des champions opposant Liverpool au Real Madrid. Cette nouvelle loi permet d’expérimenter la vidéosurveillance intelligente (VSA), afin d'assurer la sécurité lors des prochaines manifestations sportives, et culturelles et ce jusqu'en mars 2025. Ces dernières seront ainsi capable de détecter en temps réel grâce à une intelligence Artificielle (IA) les mouvement de foules, un sac abandonné, des comportements pouvant être considérés comme suspects aux abords des lieux accueillants du public ou encore dans ou aux abords des transports en commun. 

La VSA et la reconnaissance faciale reposent sur les mêmes algorithmes d’analyse d’images et de surveillance biométrique. La seule différence est que la première isole et reconnaît des corps, des mouvements ou des objets, lorsque la seconde détecte un visage.

Néanmoins, nous constatons depuis quelques années un "effet cliquet", c'est à dire que dès lors qu'une loi ou une expérimentation est adoptée, il n'y a dans la majorité des cas jamais ou peu de retour en arrière. Chacune des lois servant de base pour les suivantes. De même dans l'utilisation de certains outils de surveillance, une fois ces derniers mis en place ils ne sont pas remis en cause malgré les potentiels dangers sur nos droits et liberté fondamentales. Voir l'exemple de la Chine avec le reportage réalisé par Sébastien Le Belzic' pour Arte où même "si l'étau sanitaire se desserre, le dispositif de surveillance et de contrôle de la population, est lui, toujours bien en place. Chaque faits et gestes des citoyens est désormais scruté par les autorités et dans ce domaine, comme dans bien d’autres, le monde d’après ne ressemblera plus jamais à celui d’avant."

Une surveillance constante peut ainsi conduire à une normalisation du comportement des individus. Ces derniers pouvant modifier leur comportement par peur d'être jugés, observés, et amener à de l'auto-censure, notamment dans l'expression de leurs opinions personnelles, si ces dernières vont à l'encontre de celles du pouvoir mis en place.

Quels outils permettent la (cyber)surveillance ?

Les outils permettant la surveillance au sein des sociétés sont multiples. Devenus omniprésents dans notre quotidien, bon nombre des outils que nous utilisons aujourd'hui peuvent être utilisés dans le but d'observer, surveiller les comportements des personnes que cela soit dans les espaces publics (rues, centres commerciaux, parcs, gares, parkings, réseaux-sociaux, etc) ou tout simplement chez soi. Nous le verrons dans les parties suivantes, les outils de surveillance permettent à différents acteurs de pouvoir accéder à un certain nombre de données personnelles sur les individus et ce à des fins économique, politique, d'emprise sur autrui ou même amoureuse. En effet, si nous avons souvent tendance à penser que seuls les États, les GAMAM (Google, Amazon, Meta, Apple et Microsoft) ou grandes entreprises peuvent nous surveiller, cela est loin d'être le cas. Vous n'en avez peut-être pas conscience, mais chacun·e à notre niveau pouvons être amené à surveiller nos proches par le biais de la mise en place d'un traqueur sur le téléphone, la limitation du temps d'écrans, via les plateformes numériques en regardant si nos contacts son connectés, où ils se situent (Mapmonde de Snapchat), en installant des caméras de surveillance dans notre maison, les enseignant.e.s surveillant les élèves lors des contrôles en classe, les parents surveillant leur nouveau née par le biais d'un babyphone,etc.

Liste non-exhaustive des outils pouvant être utilisé dans le cadre d'une (cyber)surveillance :

  • Objets connectées (montre, enceinte,...)

Les objets connectés tel qu'une montre ou encore des enceintes Bluetooth peuvent également accéder à un certain nombre d'informations sur nous tel que nos conversations, temps de connexion, nos trajets, etc.  En 2018, un couple d'état-uniens en à fait les frais. Alors qu'ils discutaient chez eux, leur enceinte connectée "Echo" d'Amazon avait enregistré à leur insu une partie de leur conversation et l'avait envoyé à l'un de leur contact. En 2017, une enceinte de la même marque avait cette fois-ci  commandé de façon "autonome'" une maison de poupée après s'être activée en entendant une publicité à la télévision. Bien que ces événements soient assez rare, ils soulignent néanmoins un certain manque de contrôle de ces outils connectés de notre quotidien.

  • Le smartphone

Le smartphone est aujourd'hui l'un des outils les plus présents dans notre vie quotidienne et le premier moyen de connexion à internet.  En 2020, 67% de la population mondiale a un smartphone. Ce dernier nous suit partout et ce dès notre réveil jusqu'à notre coucher. Il nous permet de gérer notre emploi du temps, de communiquer avec nos ami·es, notre famille, prendre des photos, des vidéos, de nous orienter dans les rues, de suivre notre cycle menstruel, etc. Néanmoins, l'utilisation de cette technologie  n'est pas sans risque pour nos données personnelles. En effet, sans nous en rendre compte ou tout simplement en acceptant les cookies de nos applications ou de certains sites, nos informations personnelles vont pouvoir être enregistrées et potentiellement revendues à des entreprises privés, des courtiers en données et parfois même des États. Ainsi, l'accès à ce grand nombre d'information sur les individus qu'ils ciblent a pour but de leur proposer des publicités ou bien de les surveiller.

En mai 2022, la Cour suprême des États-Unis revient sur l'arrêt "Roe vs Wade" et laisse les Etats américains libres d'interdire l'IVG. Depuis cette décision, le smartphone est devenu l'ennemi public n°1 des femmes souhaitant ou ayant eu recours à une interruption volontaire de grossesse. En effet, la revente des données personnelles (l'accès aux conversations sur des chats, les historiques de recherche, reçus de carte bleue) des utilisatrices des applications de suivis menstruelles, ont été utilisées par certaines associations anti-avortement aux États-Unis pour harceler et persécuter ces femmes. Comme l'explique Olivier Tesquet dans son article "Droit à l'avortement aux États-Unis, smartphones et applis se retournent contre les femmes", il est facile aujourd'hui pour ces groupes d'avoir accès à toutes ces données et sans même se ruiner. 160 euros, c'est la somme à débourser pour acquérir les données de géolocalisation des personnes se rendant au planning familial et ainsi les identifier par la suite.

 

  • Les réseaux sociaux numériques

Les réseaux sociaux, font aujourd’hui partie intégrante de notre vie professionnelle et personnelle. Avec près de 80% de la population française présente sur les réseaux sociaux, ces derniers nous permettent de garder contact avec nos ami·es famille, jouer, nous divertir, nous informer sur l’actualité, sur les événements à venir, postuler à des offres d’emplois, etc. Ces plateformes sont également des espaces d’influences, de divertissement, d’apprentissage et de militantisme. Nous avons pu le constater ces dernières années de nombreux mouvement de contestation ont pris place sur les réseaux-sociaux numériques tels que le printemps arabe entre 2010 et 2012, ou encore récemment avec le mouvement de la libération des femmes en Iran depuis 2022. Néanmoins leur modèle économique repose sur des "logiques de rentabilité et de surveillance" parfois au détriment de nos libertés fondamentales. La collecte massive de nos données personnelles (nos recherches, nos contacts, nos photos, vidéos, conversations, localisation, agenda....) et leurs reventent peuvent avoir des conséquences dramatiques. Ces derniers jouant parfois un rôle non négligeable dans certains conflits et la montée de la haine envers certaines communautés comme cela a été le cas en Birmanie avec le massacre des Rohingya

 

Les plateformes numériques ont-elles un rôle dans la cybersurveillance ?

Les GAMAM, un modèle économique contribuant aux violations des droits humains ?

  • La vidéosurveillance et Drone équipé d’une caméra dotée de l’IA

Présent principalement dans les espaces publiques que ce soit dans la rue, les centres commerciaux, hall d'immeuble, parking,... La vidéosurveillance s'est aujourd'hui insérée dans le paysage urbain d'un grand nombres villes et ce partout dans le monde. En 2011, Pedersen définit la vidéosurveillance comme "un système de télévision dans lequel les signaux ne sont pas diffusés publiquement, mais sont traités principalement à des fins de surveillance et de sécurité" .

Nous sommes passés en l'espace de quelques années à des caméras fixes ayant une image basse définition, à des caméras permettant de filmer à 360° avec une image haute définition et, pour certaines d’entre elles,  pouvant atteindre une portée de plus de deux kilomètres. Puis est arrivée l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) transformant les caméras et les drones en des outils particulièrement dangereux  pour nos libertés individuelles.

Depuis son introduction dans l’espace public, la vidéosurveillance a pris de l'ampleur et ses objectifs se sont élargis. Le réseau de caméras des grandes villes s'est étendu progressivement à tous les espaces de vies urbaines. En 2023, on dénombrait près de 500 caméras de surveillances à Gare du Nord contre 247 en 2005. Dans le cadre du projet de loi relatif aux JOP24, cette gare est devenue un terrain d'expérimentation de la VSA (Vidéosurveillance Algorithmique) permettant de détecter le regroupements de personnes, les bagages abandonnés, les personnes empruntant les quais à contresens, le maraudage,etc. Ces technologies, utilisent des algorithmes permettant d'analyser un grand nombre d'images en quelques minutes, afin d'en faire émerger différentes informations. Soumise au principe de "Licéité" (une technologie ne peut-être déployée sans un texte l'autorisant explicitement), l'utilisation de la VSA en France était il y a encore peu de temps illégale. Elle a été rendue légale seulement le 19 mai 2023 par l'Assemblée Nationale, dans le cadre de la loi relative aux jeux olympiques et paralympiques autorisant son expérimentation pour la sécurisation des jeux.

À New-York, la police peut surveiller à l'aide de plus de 15 000 caméras et de technologies de reconnaissance faciale les moindres faits et gestes des habitant·es des quartiers de Brooklyn, Manhattan et du Bronx. En 2021, l’enquête d'Amnesty expliquait que le quartier East New York de Brooklyn, un quartier dont la population se décompose à 54,4 % de personnes Noires, 30 % de Latino-américain·es et 8,4 % de Blanches, était le quartier le plus surveillé de New-York, dénombrant près de 577 caméras. Il est important de prendre conscience que l'emplacement des caméras de surveillance n'est pas choisie au hasard. Dans leur article, "Répartition géographique de la vidéo-surveillance dans les lieux publics de la région de Bruxelles-Capitale" datant de 2016, P. de Keersmaecker et C.Debailleul ont constaté que les caméras de surveillance de la capitale Bruxelloise se concentraient principalement au niveau des pôles de consommation, ainsi que dans les zones les plus défavorisées sur le plan socioéconomique, surtout lorsque celles-ci abritent un pourcentage élevé de population non occidentale et se situent à quelques pas du centre-ville.

La Vidéo Surveillance Algorithmique

Mieux comprendre l'utilisation de la Vidéo Surveillance Algorithmique dans les villes avec Corentin du collectif TechnoPolice de Bruxelles

 

Emplacement et rôle des caméras de surveillance dans les villes ( Bruxelles, Paris..)

Entretien avec Corentin du collectif Technopolice Bruxelles

Quels sont les risques liés à la cybersurveillance ?

Les plateformes numériques, ainsi que les entreprises privées détiennent aujourd'hui un nombre incalculable de données sur les individus, entreprises publics/privés, politiques. Ces différentes données sont évidemment convoitées par différents acteurs, notamment les Etats, pour des raisons très variées telles que la propagation massive (ou au contraire sur des populations très ciblées) de fausses informations, d'images de propagande, virus, ou messages haineux à des fins de manipulations. Aujourd'hui de nombreuses associations ou lanceur·euse d'alerte, expliquent l'impact de ces outils sur nos libertés fondamentales telles que : le droit de grève, de manifestation, liberté d'expression, de conscience, d'opinion politique, le droit à la vie privée,  etc.

Ces libertés sont fondamentales dans l’émancipation et le développement des individus au sein d'une société. Cependant ces dernières peuvent être mises en porte-à-faux dans certaines situations notamment dans la mise en place de nouvelles lois par des gouvernements d'extrême. Les libertés fondamentales obtenues au fil des siècles, nous le savons reposent sur un socle fragile et sont loin d'être acquises à vie. Les textes juridiques laissent aujourd'hui de nombreuses zones d'ombre et marges de manœuvre pouvant être utilisées par les politiques pour mettre en places de nouvelles lois, restreignant ses libertés individuelles.  

Ainsi les risques de profilage et de discrimination nourrissent de vives appréhensions. Plus les entreprises auront accès à nos données, plus ces dernières pourront les utiliser dans un but économique, ou les vendre en contrepartie aux Etats qui pourront les utiliser dans un but politique (choix non délibéré dans le vote citoyen par exemple) mais aussi dans un but de contrôle de la population. Les technologies permettent désormais la surveillance dite de masse, mais aussi la surveillance dite ciblée. De telle sorte que ce ne sont plus uniquement les "suspects "qui sont dans le viseur, mais n'importe quelle personne, vous, nous, vos ami·es, vos voisin·es, etc.  

La liste des exemples des mesures mises en place en France ces dernières années ou en Europe ne peuvent se compter sur les doigts d'une main. Ces dernières années de nombreux événements qui ont fait la une des journaux ont montrés les dangers réels de la surveillance dans notre société moderne.

La surveillance des passager·ères aériens en est un exemple. Aujourd'hui, tout individu souhaitant prendre un avion devra présenter un document d'identité, se verra contrôlé au départ, puis à l'arrivée grâce à différent outils notamment par le biais des données biométriques  (données permettant d'identifier des individus à l'aide de leur ADN, empreintes digitales..).

Si tout le monde peut-être touché par la surveillance ou la cybersurveillance, dans la majorité des cas nous avons surtout affaire dans les événements les plus récents à des surveillances ciblées et le plus souvent visant des journalistes, des défenseur·euses des droits humains, politiques.... 

 

Affaire Pegasus : une affaire d'espionnage mondiale

Les risques liés aux nouvelles technologies de surveillance ne sont pas toujours en lien avec un contrôle excercé par les États sur les citoyen.nes. En effet, ces outils peuvent également permettre à tout un chacun d'avoir accès aux données personnelles des individus qu'ils ciblent.

Cela peut ainsi engendrer des risques tels que : cyberharcèlement, le piratage de ses réseaux-sociaux numériques, le vol de ses mots de passe, l'usurpation de son identité, l'hameçonnage, la récupération et l'utilisation de ses données personnelles (nom, prénom, âge, e-mail, numéro, adresse,visage,voix,etc), la diffusion de deep-fake, de fausses informations, etc.

Mise en pratique : 1.2.3 cyber, un jeu pour parler de la cybersécurité avec les jeunes

1, 2, 3 Cyber est un kit de jeu de société sur le thème de la cybersécurité, créé par l'association "Centre de la Cybersécurité pour les Jeunes" et le cabinet de conseil Wavestone, avec la participation du dispositif Cybermalveillance. Ce jeu permet de sensibiliser les collègien·nes (11-14 ans) de manière ludique aux risques d’Internet, aux bons réflexes et bonnes pratiques à adopter.

A noter que ce jeu est diffusé en licence libre : vous pouvez donc le modifier à votre guise tant que les conditions de la licence sont respectées.  -> pour en savoir plus sur les conditions de la licence

Déroulé

Parmi les 35 cartes mises à disposition dans le jeu, l'animateur·ice sélectionne 15 cartes en lien avec l'une des thématiques du jeu (cyberharcèlement, fake news, hameçonnage, ami virtuel, vie privée, mot de passe, signalement, chantage, challenge, cellule d’écoute) et 5 cartes au hazard.

Après avoir sélectionné les cartes, l'animateur·ice distribue un jeu à chaque équipe (6 participant.e.s par équipe) et leur explique les consignes suivantes :  

  • A tour de rôle les participant.es vont tirer une carte parmis la pioche placée au centre de la table. 
  • Après avoir tiré la carte, ils et elles vont devoir faire deviner aux autres membres de l'équipe le mot écrit en gras en haut de la carte. 
  • Si les autres joueur.euses ont dû mal à trouvé ce mot, l'animateur·ice pourra leur donner un indice en utilisant les mots écrits juste en dessous du mot à trouvé. 
  • Retour en grand groupe : 
    Dès que les joueur.euses ont fini la pioche, l'animateur.rice prend le temps de reprendre les mots qui ont posés problème aux participant.e.s et apporte des éléments complémentaires à leur bonne compréhension. 

    Dans un second temps, l'animateur ou l'animatrice tentera de réfléchir avec elles et eux aux bons réflexes et bonnes pratiques à adopter sur internet afin de protéger ses données personnelles. 

Ressources à télécharger pour le jeu 1-2-3 Cyber

1-2-3 Cyber - Livret animateur·ice

Télécharger le PDF

1-2-3 Cyber - Le jeu de carte

Télécharger le PDF

-> Licence 1-2-3 Cyber 

Quelques chiffres clés sur la cybersurveillance

  • Une caméra de vidéosurveillance coûte à l’achat aux municipalités entre 25 000 et 40 000 euros l’unité, sans prendre en compte le coût de l’entretien, du raccordement ou du potentiel coût d’abonnement 4G/5G (autour de 9 000 € par an et par caméra). (Source : La Quadrature du Net)

 

  • 15 000 c'est le nombre prévisionnel de nouvelles caméras installées dans le cadre des JOP2024 

    -> PARIS 2024 : La France championne olympique de la technopolice

     

  • 76 milliards de dollars c'est le montant estimé du marché mondial de la vidéo surveillance en 2025, contre 45 milliards de dollars en 2025, un marché en expansion (Source : CNIL, étude cabinet USA)

 

Histoire de la surveillance en France et dans le monde

Le concept de cyber-surveillance est apparu récemment dans nos sociétés modernes. Cependant, la surveillance est un phénomène beaucoup plus ancien, apparut il y a quelques siècles avant la création de la vidéo-surveillance algorithmique, à l'aide d'outils de référencements tels que la création de liverts ouvriers en 1781, ou par la création du système de "Bertillonage" en 1879.

Des évenements historiques ont donné lieu à la création d'outils et d'institutions légitimant l'usage de la surveillance auprès de la population. C'est le cas dans un contexte post seconde guerre mondiale, où le Général de Gaulle crée la Direction de la Surveillance du Territoire (DST)  en France, afin de repérer les ancien·nes espion·nes. Cette institution fonctionnera aussi pleinement dans un contexte de guerre froide, pour "neutraliser" les phénomènes de contre-espionnage.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001 à New York (USA), à échelle mondiale, les Etats ont investi dans des systèmes de renseignements et d'espionnage afin de contrer les tentatives d'intrusion sur les différents territoires et les attaques terroristes. Plus récemment, dans le contexte de la pandémie mondiale, en France et dans le monde, les gouvernements ont fait usage d'outils de surveillance massive (Chine : mise en place des QR code pour donner accès aux parcs, espaces publics, entrées d'immeubles, France : signature d'attestation de sortie via une application mobile).

Ci-dessous quelques grandes dates de la surveillance et de la cybersurveillance en France et dans le monde :
 

1879 - Création du système de Bertillonage en France, la création de fichiers criminels récidivistes où l'on mesure différents aspects physiques de la personne. Création de profils types de criminels. 
1944 - Création de Direction de la Surveillance du Territoire (DST) par le Général de Gaulle, savoir-faire en contre espionnage dans le contexte de seconde guerre mondiale. Entre 1944 et 1947 , l'objectif de la DST est de "neutraliser les agents de l'Axe (Allemagne, Italie, Japon) et tout citoyen·ne français·e ayant travaillé pour une puissance étrangère durant la guerre". 
1969 - Invention du premier système de sécurité qui utilise la télé-surveillance par Marie Van Brittan Brown (infirmière de profession), dans le Queens à New York, aux Etats Unis. 
1967 - La Cour Suprême des Etats-Unis inscrit le concept de "right to be let alone" (traduction : le droit d'être laissé tranquille) dans le droit au respect de la vie privée, concept instauré par S.Warren et L.Brandeis en 1890. 
2014 - La DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieure) auparavant la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) devient la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure). 
15 avril 2021 - Adoption de la loi "Sécurité Globale" par le Parlement français, permettant la pratique de surveillance généralisée pouvant porter atteinte au droit à la vie privée, le droit de manifester et à la liberté d'informer. Cette loi est voté dans un contexte post-confinenement/covid, ayant donné lieu à de nombreuses protestations citoyennes. 
19 mai 2023 -  LOI n° 2023-380 du 19 mai 2023 relative aux jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 autorisant l'utilisation de la VSA (Vidéo surveillance algorithmique) dans le cadre des manifestations sportives (Coupe du Monde de Rugby 2023, JOP2024). 

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