On parle de quoi cette semaine ? #26
Cette semaine, la Journée internationale de l’alphabétisation marque son 60e anniversaire.
« Lire est une expérience traumatisante. C’est déchiffrer, contraint à l’immobilité et à une vitesse sidérante, sur le petit espace d’une feuille de papier, des signes calligraphiques abstraits qui, deux par deux, puis mots par mots, phrases par phrases, provoquent du son, du bruit, produisent ensuite du sens, des images, de la musique. Alors le lecteur parle muettement, joue sans gestes, interprète sans effets de manches. Il se fabrique, dans le grand silence du monde et de sa tête, un cinéma personnel où il tient tous les rôles, où il construit le décor, où il compose la musique, prisonnier d’une fiction ou d’un système de pensée qu’il découvre pas à pas. Si le lecteur lit en diagonale, saute des pages ou va directement à la fin, il se fabrique, toujours à grande vitesse, des ellipses, des résumés, des contractions de texte. Il fait un travail énorme. C’est pourquoi il ne faut pas dire, ne jamais dire, que c’est facile de lire. C’est terrible, c’est difficile. À force, ça semble simple, mais ce n’est jamais, en tout cas, innocent. »
Jean-Bernard Pouy, Le Merle d’Arthur Keelt
Une condition préalable
L’alphabétisation, entendue comme la capacité à lire, écrire et utiliser les nombres, est essentielle à la participation des individus à la démocratie, à la connaissance et à l’exercice des droits humains.
« Il n'y a pas de véritable République – Liberté, Égalité, Fraternité – sans un travail inlassable pour que chacune et chacun accèdent de mieux en mieux, de plus en plus, et avec de plus en plus de bonheur, à l'écrit », nous dit Philippe Meirieu.
C’est terrible, c’est difficile
L'acte d’écrire, de signer un texte de son nom, rencontre une résistance étonnante auprès de nombreuses personnes, quel que soit leur parcours. Pour beaucoup, écrire est même un supplice, une activité à laquelle on ne se résout que sous la contrainte. Et pourtant nous écrivons. Et pourtant nous lisons.
Elle vit !
L’orthographe est un outil, un code permettant de transmettre et de retranscrire la langue orale. Ne pas confondre la langue avec l’écrit ! Si les compétences en orthographe diminuent, la langue, elle, va très bien, vit très bien. Et même en cela, l’orthographe rempli bien sa fonction : celle d’être un marqueur social. Quand on critique la manière de parler ou d’écrire d’un groupe, c’est pour critiquer le groupe, pas pour sauver Molière.
Le français numéro un, c'est pour parler chez toi, avec ta famille, tes copains, dans la rue...
Le français numéro deux, c'est pour trouver du travail, pour écrire, parler à la télévision,
c'est le français des riches pour dire : "On est mieux que les pauvres."
Il faut que tu l'apprennes un peu.
Coline Serreau, Saint-Jacques... La Mecque
Bonne lecture et à la semaine prochaine !
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