Déconfinement et sécurité affective

La sécurité n'est pas que matérielle et technique. Elle est aussi affective et il est essentiel de prendre en compte les inquiétudes et les peurs des enfants
Média secondaire

Le déconfinement se prépare. Dans les lieux d’animation, d’enseignement ou de restauration collective qui accueillent des enfants, les adultes s’organisent et prévoient la mise en place de procédures techniques et de gestes barrières pour éviter la propagation du Coronavirus. Mais la sécurité est un tout. Si l’accent est mis principalement sur les aspects matériels de cette protection. Il ne faut pas oublier que la sécurité est aussi affective et qu’il est essentiel de prendre en compte les inquiétudes et les peurs des enfants, générées par la situation. Les adultes ont un rôle essentiel à jouer pour les aider à comprendre, relativiser, s’adapter et se rassurer.

Dans les stages Bafa de formation d’animateurs et d’animatrices, la sécurité est toujours un sujet très attendu, car intégré comme un élément majeur et fondamental de la fonction. Les attentes des stagiaires sont très souvent tournées vers la législation et les textes : Peut-on laisser un enfant utiliser une scie ou grimper dans un arbre ? Peut-il rester tout seul au coin bibliothèque ? Quelles sont les règles pour pratiquer une activité spécifique ?... Souvent, leurs représentations de la sécurité les amènent à avoir une image de ce qui est interdit, plus restrictive que la législation. Une conception avant tout technique et réglementaire, qui s’oppose uniquement à la notion d’accident ou de maladie

Mais lorsque, nous les amenons à s’interroger de manière plus globale sur cette notion de sécurité, les stagiaires sont souvent surpris.es, voire dérouté.es, en réalisant qu’une même situation d’activité, en fonction des enfants ou de l’environnement, peut comporter plus ou moins de risques et parfois nécessiter des réponses différentes. Dans une prise de conscience du tout que représente la sécurité, la notion de bien être, qui avait pu tout d’abord leur paraître hors sujet, prend alors toute sa place.

Car la sécurité ne se limite pas à prévenir matériellement les accidents. C’est une notion beaucoup plus large, qui comprend également la sécurité affective. Avoir confiance dans l’adulte, pouvoir parler et déposer ses éventuelles inquiétudes, ne pas être fatigué, avoir mangé et dormi correctement, ne pas avoir froid… ces éléments et bien d’autres jouent un rôle important dans la manière et l’état d’esprit avec lesquels l’enfant va aborder une activité, s’y sentir bien et pouvoir agir.

Cemea

Actuellement, avec l’épidémie de Coronavirus, l’accent est principalement mis sur les aspects techniques liés à la prévention, gestes barrières, masques, distances entre les individus…

Mais il me semble essentiel que les adultes prennent également en compte cette notion de sécurité affective et l’inquiétude, voire l’angoisse que peuvent représenter pour les enfants le confinement, les masques, le nombre de morts en France et dans le monde égrené quotidiennement par les médias…

Ces dernières années, j’ai régulièrement été confronté à des enfants qui étaient inquiets de ce qu’ils entendaient ou voyaient et pour lesquels il n’y avait pas eu de décryptage d’une situation anxiogène dans laquelle, ils avaient du mal à se situer.

Une inquiétude latente, qui perdure et que n’a certainement pas arrangée l’actuelle épidémie.

L’autre jour, lors d’une sortie réglementaire et limitée, sur un large chemin de campagne proche de mon domicile, j’ai vu un enfant et ses parents. Il a eu peur d’avoir à croiser quelqu’un et a couru se réfugier dans un champ à quelques dizaines de mètres, sans doute pour éviter qu’un virus porteur de mort ne lui saute dessus.

Je pense qu’il est indispensable que les adultes, quelle que soit leur fonction, écoutent les enfants, prennent le temps de parler avec eux, de répondre avec sérieux et honnêteté à leurs questions pour expliquer et relativiser ce qui est entendu et vu.

Pourquoi met-on un masque?

Que recouvrent les chiffres annoncés?

Que sait-on et que ne sait-on pas?

Quels sont les risques pour les enfants?

Il ne s’agit pas de rassurer en cachant la vérité, mais au contraire d’amener à comprendre et intégrer des actions de prévention en fonction de risques réels et non fantasmés. Les gestes barrières ne relèvent pas de l’exorcisme ou du magique, mais d’une protection raisonnée et simplement adaptée.

La sécurité est multiple et représente un vrai sujet d’éducation dans lequel les adultes ont un rôle essentiel à jouer. Alors soyons à l’écoute des craintes et des questions et parlons simplement de leurs inquiétudes avec les enfants.