Des mots, enfin des mots

Rencontre avec la « Bibliothèque bavarde » au quartier « culture » du village des possibles : lecture à haute voix et échanges avec le public ouvrent la voie à la littérature
Média secondaire

Parmi les structures présentes au quartier « culture » du village des possibles il y a la « Bibliothèque bavarde », association montpelliéraine, née à l’initiative d’un poète Renaud Baillet. Il s’agit de mettre en voix des textes choisis (lecture chaque lundi au café le dôme (près de la gare) et de saisir cette occasion pour favoriser les rencontres ; ce sont des comédiens et des comédiennes  bénévoles qui lisent par et avec passion C’est un espace d’échanges avec un public qui peu à peu se fidélise et se renouvelle. Chaque mois, un thème. Partenariats avec la maison de la poésie et « à mots découverts ». On peut y voir une analogie avec le concept de bibliothèque humaine mais ici ce sont des textes littéraires qui  sont lus .

Première mesure andante moderato

Pupitres, trio,intermède musical,, soies de voix qui mettent en velours les mots de Breton et Éluard ( textes peu connus), pluie, temps frais, bruits de fond (parfois proches du brouhaha), je suis captivé, moment sobre et rare qui fait regretter que la poésie est l’oubliée permanente de la culture.

Deuxième mesure allegro vivace

Autre grand moment le lendemain : un deuxième set de poésie dite à quatre voix (deux jeunes femmes et deux jeunes hommes, toutes et tous étudiant·e·s en master « arts du spectacle » université Paul Valéry). Il s’agit d’une lecture travaillée.

Quelque chose neuf, quelque chose violent mais doux, quelque chose poignant, combat et business, rail de coke et de corps, quelque chose sang et larmes, une écriture soignée et d’une originalité rafraîchissante (le texte a été écrit par une des 4 personnes sur la scène).

De beaux instants rares et incarnés, les corps jouent, les voix tonnent. Les comédiens et comédiennes précisent que leur prestation tenait de l’expérience et que c’était une première dans ces conditions (les balances des concerts du soir battaient leur plein).

Pour une première, la valeur n’a pas attendu le nombre des années. L’interprétation a donné de la poésie à un texte qui n’en est pas.

Il faut multiplier ces lectures partout et à tous moments, dans des lieux insolites et à des heures surprenantes. Les mots y reprendraient du poil de la bête et l’engagement , du sens…

Faire surgir le langage dans les atelier d'écriture

Les mots justement, objets d’une table ronde avec deux invité·e·s : Jean Claude Rivière et Line Colson. Il est en-deça de la vérité d’affirmer que la seconde, responsable de boutique d’écriture connaît bien son sujet et que le premier, novice en ce qui concerne les ateliers d’écriture a tenté de masquer son manque de profondeur par un verbiage relevant plus de l’esbroufe que de l’expertise.

Line nous conte comment a démarré son aventure d’animatrice d’atelier avec François Bon dans le prolongement d’un stage d’insertion, dont les participant·e·s ont désiré continuer…

Elle dit tout d’abord que nous sommes parlés par tout ce qui nous entoure, que l’être humain vit dans le langage et qu’un des enjeux d’un atelier, c’est que tout ce qui se parle pour nous finisse par se taire.

Elle ajoute que le langage, ce ne sont pas que des mots. Pour qu’ils fassent langue, il faut y ajouter, les règles, la grammaire, la conjugaison...Elle termine sa première intervention par la lecture d’un texte de Francis Ponge et conclut par cette affirmation (qui pour paraître évidente n’en est pas moins nécessaire à entendre) : « l’atelier d’écriture, ce n’est en aucun cas technique ! ».  Le respect de l’orthographe n’est pas important mais lorsqu’on saisit le texte, on peut juste corriger sans réécrire pour éviter tout détournement.
Ce qui est essentiel c’est comment chacun, chacune se coltine son propre rapport au langage (jusqu’à l’inscription physique dans la langue).

La question est posée de savoir si posséder du vocabulaire aide à mieux écrire. Pour réponse Line nous lit un texte d’une participante à un atelier, qui ne maîtrise pas encore tout à fait la langue française. Cette lecture est une belle démonstration qu’on n’a besoin de beaucoup de mots pour écrire et signifier. « Quand on a des choses à dire, on aura toujours assez de mots. » précise Jean-Claude Rivière.

Que se passe-t-il quand on change de langue, y compris dans le corps ? Il se passe un grand chambardement, un basculement qui fait frémir et une bousculade qui bouleverse intensément. La langue est chair, la langue est os, elle est sang, sueur et eau. Elle pèse son poids de mots et d’assaisonnements.  L’acte d’écrire est un acte physique. Les mots seuls ne font pas langage.

La question du support et de l’outil est importante. Quand on écrit à la main, on active le cerveau gauche et quand on tape à l’ordi ce sont les deux mains qui sont en action.

Aujourd’hui, dans l’apprentissage de la langue (prenons l’exemple des migrants) il y a excès de fonctionnalité, de communication et la subjectivité d’éradiquer la langue en est éradiquée. On ne garde que les questions techniques et on lâche l’opacité, c’est d’une violence insupportable qu’on ne peut tolérer. Le langage bureaucratique envahit tout le monde, dévore la société, efface la dimension idéologique. On parle toujours de cible, c’est le monde des impacts et des tirs. Dès qu’on veut être sérieux, on utilise la voix passive, symbole de soumission. Retrouver la voix active c’est une des formes de la résistance politique.

« L’écriture poétique c’est attraper quelque chose d’insaisissable ». Line nous gratifie pour finir d’une sentence qui donne à réfléchir.

Ces trois moments ont constitué dans ce festival des instants de réelle acculturation qui sont autant de pièces d’un puzzle qu’ensemble tous les participants, toutes les participantes reconstituent au fil des temps vécus, celui d’une éducation populaire dont les process rapprochent insensiblement de l’éducation nouvelle. L’individu agit, il découvre et participe au pouvoir (dans le sens premier de ce mot : il peut).

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