LA MÉDIATHÈQUE ÉDUC’ACTIVE DES CEMÉA

Danse collective pour créer la relation et la rencontre

Rigodons du Dauphiné, bourrées d’Auvergne,chaînes bretonnes, sauts basques, contredanses anglaises, tarentelles d’Italie, cirandas du Brésil… Les danses collectives amènent à se découvrir, rencontrer l’autre et s’approprier le monde. Décryptage.
Média secondaire

Dis, pourquoi tu danses ? Danser favorise le développement psychomoteur et des habiletés socio-affectives. « La danse inscrit le corps dans l’espace. Elle mobilise également le corps dans le temps », écrit la psychomotricienne Tiphanie Vennat1. Dans les danses collectives en particulier, il va falloir se déplacer au bon moment, dans la bonne direction, avec la bonne distance, le bon degré d’énergie. À travers l’exploration de différents rythmes et tempos, la danse engage de nombreux affects : « la vitesse et la durée du mouvement dansé portent une véritable charge émotionnelle2 ». Danser apparaît alors comme un moyen d’éveiller la conscience de soi, et de soi par rapport aux autres. « La danse ouvre à la relation, poursuit Tiphanie, par ce dialogue sensible, nous ouvrons à une disponibilité réciproque, un accordage où chacun puisse sentir un peu de la réalité du corps et des émotions de l’autre sans s’y perdre. »

 À travers ce jeu de connexion, c’est un véritable dialogue qui s’établit entre deux individus. 

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Danser, c'est composer ensemble

Pour danser un cercle circassien, une chapelloise, une maraîchine, il faut employer des codes et un vocabulaire commun. Au début on cafouille, on part devant quand tout le monde va derrière, ou loupe la reprise, on oublie de changer de partenaire…

 Mais petit à petit, le schéma de la danse s’éclaircit, les mouvements entrent dans le corps, et tout à coup c’est magique : on se déplace tous ensemble, on tourne, on se poursuit, on joue, et on retombe sur ses pieds à chaque début de phrase, prêts pour la relance. À la fin de la musique, on s’applaudit, on se sourit de toutes ses dents, on en redemande, on se sent fier et privilégié d’avoir participé à cette œuvre collective éphémère. La danse tisse les liens, les consolide, et permet au groupe de créer une culture commune, qui se nourrit du partage d’expériences engageantes et uniques en favorisant la rencontre des différents individus qui le composent. Danser avec un partenaire, même pour quelques instants, demande une écoute et une adaptation réciproques : l’autre est-il plus grand ou plus petit, plus vif ou plus nonchalant, plus crispé ou plus détendu ? Est-il en capacité de comprendre ma proposition, de la recevoir, d’y réagir ? À travers ce jeu de connexion, c’est un véritable dialogue qui s’établit entre deux individus. Une dynamique sans cesse renouvelée dans les « mixers », cette catégorie de danses où on change régulièrement de partenaire. 

La danse collective, un point de départ pour s’éduquer au consentement

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À l’heure où la parole et l’écoute semblent se libérer sur la question des violences sexistes et sexuelles, les danses collectives peuvent aider à réfléchir au consentement. Parce qu’elles mettent en jeu le toucher du corps, elles permettent d’aborder le rapport à l’intimité et de se questionner sur ses limites : est-ce que j’accepte qu’on me tienne la main, qu’on me passe un bras dans le dos ?

Il ne va pas de soi de toucher ou d’être touché. Se sensibiliser au consentement, c’est apprendre à respecter l’autre et permettre à la fête d’être authentiquement joyeuse. 

1/ Vennat Tiphanie, La danse, une médiation en psychomotricité, éd. Erès, Toulouse, 2022.
2/ Ibid