LA MÉDIATHÈQUE ÉDUC’ACTIVE DES CEMÉA

Un champ d’action. Les vacances et les loisirs

La perte de sens pour les vacances et des loisirs collectifs de mineurs est en route, programmée… à moins que? Vous qui allez contribuer à ces Accueils Collectifs de Mineurs, vous devez mesurer combien votre action est politique!
Média secondaire

Des espaces d’égalité et de liberté.

Temps choisis ou temps contraints, temps de vacances et de loisirs, temps d’émancipation et de découverte, les temps libérés peuvent être porteurs de valeurs positives pour l’ensemble de la société: valeurs de liberté, de construction de la personne, de projets collectifs et de citoyenneté active.

Mais pour beaucoup d’enfants, ces temps sont des moments où les inégalités s’aggravent, où les ghettos se renforcent, entre ceux qui partent et les autres, entre ceux qui bénéficient chez eux de livres, de films, d’ordinateurs, entre ceux qui vont au musée, qui font du sport, et les autres.

Les temps libérés peuvent être aussi des espaces de marchandisation des loisirs, d’hyperconsommation, de formatage des pratiques et des esprits, avec une standardisation du comportement et des modes de vie.

Les CEMÉA souhaitent participer à la construction pluri générationnelle d’une société où les temps libérés ne servent pas qu’à réparer, mais permettent aussi l’épanouissement, l’émancipation et l’éducation de tous, avec des projets éducatifs fondés sur les valeurs de notre république: laïcité, fraternité, démocratie pluraliste, solidaire et participative.

ENJEUX DES ACCUEILS COLLECTIFS DE MINEURS

Les départs en séjours de vacances, en accueils de loisirs, se succèdent. Pourtant, le contexte n'est ni facile, ni porteur de perspectives réjouissantes dans le domaine éducatif avec la victoire d'une forme extrême du libéralisme, prônant entre autres la marchandisation des vacances et des loisirs.

L'acte éducatif d'animation est politique

En effet, tous les choix faits par les organisateurs, sur les modes d'organisation des collectifs d'enfants, sur les différentes modalités de naissance des activités, sur le fait d'associer ou non les enfants et les jeunes à leur séjour de vacances ou de loisirs, tout cela est éminemment politique. Ceux qui pensent que la pédagogie se  imite aux savoir-faire techniques ceux qui pensent que l'animation est technique, au service des enfants pour leur bien, sont soit dans la manipulation, soit dans l'ignorance. Permettre aux enfants de décider, d'être associés aux décisions pour l'organisation  de leurs activités, de concevoir l'activité comme libératrice et émancipatrice au lieu de normer les pratiques et pousser au consumérisme, c'est un choix éducatif, c'est un acte politique, qui contribue à des transformations sociales, à l'opposé du libéralisme, de l'individualisme et de la marchandisation.

Vous allez intervenir dans un cadre réglementaire qui, s'il est parfois contraignant, encourage par ailleurs les prises de responsabilités éducatives et exige l'existence  d'un projet éducatif pour les organisateurs. Si vous êtes organisateur, posez-le comme le cadre de référence pour vos équipes d'encadrement. Si vous êtes dans l'équipe d'animation, demandez-le, votre action devra être la déclinaison de celui-ci. Dans tous les cas, cet outil, porteur de choix et de valeurs en éducation, est un support pour réfléchir sur ses pratiques et lutter, de sa place, contre les dérives consuméristes. Le projet pédagogique que vous avez élaboré en équipe, nous l'espérons, n'a de valeur qu'en référence au projet éducatif de l'organisateur et à la réalité des enfants que vous allez accueillir cet été. Tout le reste n'est qu'un exercice théorique dont les enfants ne sont que des otages! Nous nous devons aussi de vous alerter sur des dérives, des pratiques plus basées sur le profit et la marchandisation des loisirs que sur un projet réellement éducatif, plaçant les enfants au cœur de l'action.

Le contrat d'engagement éducatif

Depuis 2006, une loi définit les conditions d'embauche des animateurs et directeurs volontaires au travers d'un dispositif, celui de l'engagement éducatif. Le contrat d'engagement éducatif donne un cadre qui clarifie les conditions de travail des animateurs. Il est inscrit en référence au code du travail, même s'il y déroge sur plusieurs points.

Vous devez être informés de vos droits et de vos devoirs, demandez-les, à votre organisateur ou aux services de la jeunesse et des sports. Un organisateur qui vous propose d'effectuer votre stage pratique, si vous êtes stagiaire bafa ou bafd, sans rémunération, qui plus est en vous le facturant, est un exemple typique du détournement du dispositif de l'engagement éducatif, destiné à valoriser et à clarifier les modalités d'encadrement des Accueils Collectifs de Mineurs par des volontaires. On le voit, l'ouverture de ce dispositif aux entreprises marchandes du secteur des loisirs a produit ses effets, qui n'ont rien à voir avec les finalités éducatives qui l'avaient fondé! Les CEMÉA l'ont dénoncé alors et il nous faudra rester collectivement en veille.

(Vincent Chavaroche, in Les Cahiers de l’Animation n°59, juillet 2007)

DES VACANCES POUR TOUS, UN DROIT

Plus de six millions d'enfants mineurs participent à des vacances ou des loisirs collectifs. Mais les CEMÉA se sentent également concernés par les trois millions d'enfants qui ne partent pas. Le droit aux vacances reste une revendication pour tous. Sa mise en œuvre doit contribuer à un réel brassage social et à une mixité sociale qui tend par ailleurs à diminuer.

Il est nécessaire de continuer à mener une étude approfondie sur ce que souhaitent réellement les enfants et les jeunes pour les vacances collectives, ainsi que leurs parents, et à porter attention à ceux qui sont exclus ou s'excluent eux-mêmes des offres de loisirs collectifs.

LES ACCUEILS COLLECTIFS DE MINEURS, CONSOLIDER LEUR PROJET

Nous souhaitons que les Accueils Collectifs de Mineurs (ACM) restent un lieu d'apprentissage de la démocratie participative, de prises de décision et d'action collective et individuelle. Nous avons des propositions à faire dans le cadre de partenariats avec des organisateurs et opérateurs de vacances collectives d'enfants et d'adultes, dans le cadre de partis pris éducatifs, pour un projet sociétal différent, en apportant une réflexion pédagogique qui contribue à lutter contre les logiques économiques et de commercialisation des vacances collectives.

Les CEMÉA proposent d'approfondir les notions de projets individuels et collectifs afin de permettre à chacun d'être acteur de ses projets et de pratiquer le «vivre ensemble».

DE NOUVELLES FORMES D’ACCUEIL

Dans le même temps, sans qu'il y ait relation de cause à effet, la perception des temps sociaux change de façon notable. Les 35 heures en sont certainement un des déclencheurs, mais d'autres phénomènes y concourent. L'évolution des modes de transports, les nouveaux médias, les nouvelles technologies de la communication par exemple.

Dans le domaine des vacances et des loisirs collectifs, l'incidence va être forte nous semble-t-il. La lente érosion de la durée des séjours, bien antérieure aux phénomènes cités, va s'accélérer, parfois au détriment de la qualité éducative des séjours, en tous cas tant qu'elle n'aura pas été anticipée. Les changements réglementaires de déclaration des séjours risquent de masquer une pléiade de propositions de très courts séjours qu'il serait pourtant nécessaire d'étudier, voire de contrôler. Dans le même temps, on ne peut se satisfaire de la disparition des "longs séjours", supérieurs à 14 jours, quand on sait qu'il reste une part non négligeable d'enfants et de jeunes désireux de partir plus longtemps.

Face à cette évolution, et de manière raccourcie, quelques pistes se dégagent : ne rien s'interdire d'expérimentations de nouvelles formes de séjours, dès lors qu'elles contribuent à favoriser le départ ou les départs Par exemple pourquoi ne pas réfléchir à des formes se plaquant aux week-ends prolongés, voire aux week-ends. Faire en sorte que chaque lieu, structure, cadre d'organisation du loisir collectif devienne le creuset d'un projet de vacances collectives, dans le sens du départ et de la confrontation avec un "ailleurs". Prendre en compte, enfin, les désirs, souhaits et besoins des enfants et des jeunes, pour ce qui concerne les vacances collectives. Et ils en ont, et ils les expriment depuis trop longtemps sans être entendus.

Et pour faire le lien avec ce qui précède, admettre, loin de toutes vaines querelles épuisant les dynamiques et les volontés, que les vacances et les loisirs de plus de 6 millions d'enfants et de jeunes dépendent de l'engagement éducatif, de l'engagement volontaire de centaines de milliers de jeunes adultes, qui méritent reconnaissance et valorisation. L'évolution des formes d'accueil doit se penser avec eux, aussi !

(Alain Gheno, in Les Cahiers de l’Animation)

L’ENGAGEMENT ÉDUCATIF, DES ACQUIS ET DES ÉCUEILS

De l’année qui vient de se passer ressort une évolution dans les textes, la signature régissant l’engagement éducatif (ex volontariat). Elle est l’aboutissement de longues années de tergiversations, de doutes, d’avancées et de reculades, de revendications et de coups de gueules, de contresens aussi, pour faire évoluer ce qui s’appelait un peu brutalement l’annexe II de la convention collective de l’animation socioculturelle.

Cette annexe définissait l’activité des animateurs et des directeurs dits « volontaires », c'est-à-dire qui encadraient non professionnellement les Accueils Collectifs de Mineurs (ACM). Cette extension de la convention collective a longtemps posé problème, puisqu’elle introduisait une notion de salariat limitée à deux heures dans une journée d’activité qui en comportait beaucoup plus. Cette confusion a amené les conseils de prud’hommes à donner souvent raison à des animateurs ou des directeurs les ayant interpellés.

L’engagement éducatif, sous la forme du texte signé, balaye ces contradictions. L’activité d’encadrement des ACM, dans le cadre des vacances scolaires et d’un engagement non professionnel sort du cadre du droit du travail. Il n’est plus question de salaire, mais d’indemnité, de sujétion contractuelle mais d’engagement sur un projet. L’extension aux formateurs encadrant les sessions Bafa et Bafd permettra également de quitter la zone dangereuse de conflit avec l’Urssaf, concernant les indemnités journalières pourtant minimes versées.

Deux écueils demeurent

L’extension de cet engagement éducatif aux entreprises privées, qui à notre sens va engendrer de nombreuses dérives et fausser le sens même de l’engagement éducatif, issu de la dynamique et des luttes de l’éducation populaire. Et le montant des indemnités, qui ne devra pas  faire regretter la revendication acharnée pour aboutir à la reconnaissance d’un statut du volontaire. Ce montant devra symboliser toute la noblesse de cet engagement. Il ne devra pas se muer en une obole misérabiliste, pouvant faire confondre utilisation de ce statut du volontaire et exploitation de l’enthousiasme d’une partie des jeunes.

FORMER LES VOLONTAIRES POUR L’ANIMATION

Les CEMÉA sont un mouvement d’Éducation nouvelle. C’est à ce titre, et en appui sur les principes philosophiques et éducatifs de l’Éducation nouvelle qu’ils participent à la formation des cadres de structures de vacances et de loisirs pour enfants et jeunes.

Dans les régions métropolitaines et dans tous les départements ou territoires d’outre-mer, les CEMÉA mettent en place des formations pour l’animation volontaire. Elles mobilisent une grande partie des membres actifs des CEMÉA. Ces formations s’adressent aux personnes, en particulier des jeunes, qui souhaitent vivre une expérience de prise de responsabilité, en exerçant un rôle d’accompagnement éducatif auprès d’enfants ou de jeunes, en séjour de vacances, accueil de loisirs sans hébergement, ou au cours des congés scolaires.

C’est dans le cadre de l’Éducation populaire que les CEMÉA ont choisi de situer leur action de formation, pour s’inscrire concrètement dans un processus de transformation sociale au profit d’une plus grande égalité d’accès aux vacances et aux loisirs pour tous.

Ce secteur est réglementé par des décrets, arrêtés et circulaires. Il est contrôlé par le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative. Des brevets d’aptitude attestent des compétences acquises par les personnes au cours des différentes étapes de leur formation, le BAFA (Brevet d’Aptitude aux Fonctions d’Animateur) et le BAFD (Brevet d’Aptitude à la Fonction de Directeur).

«L’ACTIVITÉ», C’EST NOTRE ACTE POLITIQUE

Au départ il y a la personne, et la personne dans son activité. La personne, cet être singulier est au centre de notre projet éducatif. Nous donnons à l’activité un sens politique. La mise en activité des personnes, telle que Tony Lainé la définit dans l’Agir, a une signification politique de réalisation et d’émancipation de la personne. L’activité, c’est notre acte politique. Notre mode d’intervention sur la personne c’est sa mise en activité, c’est-à-dire la mise en place de situations diverses, visant leur propre dépassement, situations de mise en appétit, de mise en confiance, de mise en disponibilité, de sensibilisation, d’expérimentation, d’apprentissages, de pratiques, de productions et de mises en mots de ces situations vécues, individuelles et collectives, jubilatoires et éprouvantes, solitaires et solidaires.

L’impact politique de l’acte éducatif, est dans cette transformation de la personne: c’est d’avoir suscité du désir, procuré du plaisir, cultivé la conscience critique. L’activité prend tout son sens dans la satisfaction que la personne peut y puiser en la pratiquant, dans la mise en relation du sujet avec son environnement, dans la mise en mots, comme outil d’une lecture pertinente de la réalité.

Quand on nous dit que nous sommes des spécialistes de l’activité, quand on veut nous coller une étiquette d’activistes ou de techniciens désincarnés de tout sens politique, redisons que nous sommes des spécialistes de la personne, de la mise en relation des personnes entre elles, avec le milieu, avec des matériaux… et que nos acquis techniques, notre expertise pédagogique, nos compétences sont au service de cette mise en activité des personnes.

Les conditions de l’activité doivent permettre l’implication de chacun dans l’activité. Accompagner la personne dans la progression de son activité c’est lui transmettre le goût, le sens du goût, l’exigence du goût, par l’acquisition progressive de savoir faire, de mémoires, de tours de mains, de coups d’œil, de nez et d’oreille, et de pouvoir mettre les situations vécues à distance.

(Bertrand Chavaroche, rédacteur en chef de Vers l’Éducation Nouvelle)

REVENDIQUONS ! LES VACANCES DU TEMPS POUR APPRENDRE L’AUTONOMIE ET S’ÉMANCIPER

Les enjeux des temps de vacances et de loisirs sont trop souvent niés dans le débat politique. Dans une société où les inégalités s’accroissent, laissant les familles des milieux populaires, voire les classes moyennes, face à des offres commerciales de plus en plus chères et non accessibles, les CEMÉA souhaitent voir réaffirmer l’enjeu essentiel de ces temps éducatifs que sont les «temps libres». Nous devons élaborer des stratégies concertées pour la reconnaissance de la valeur éducative propre des Accueils Collectifs de Mineurs et passer à l’acte. C’est une urgence politique.

Lutter contre la marchandisation des loisirs, se battre contre la technicisation de l’animation, faire reconnaître le droit au volontariat pour les animateurs et les directeurs, remplacer le dispositif insatisfaisant de l’engagement éducatif, faire reconnaître la dimension européenne et internationale dans les enjeux des Accueils Collectifs de Mineurs, exiger le réengagement de l’état sur le secteur des Accueils Collectifs de Mineurs sont autant de combats à mener ensemble. C’est pourquoi nous soutenons, entre autres, l’appel aux élus pour le départ en vacances de tous les enfants et de tous les adolescents, porté par la plate forme autour de la JPA. La revendication d’une aide aux vacances est légitime. Comme l’est celle de la création d’une véritable campagne sur la promotion des Accueils Collectifs de Mineurs, séjours et accueils de jeunes ou la demande de la gratuité des coûts pédagogiques du BAFA et du BAFD. Osons dire et redire que les vacances et les loisirs sont des éléments à part entière du débat politique.

Depuis longtemps, il est reconnu que ces expériences de vie collective sont des atouts extraordinaires pour celles et ceux qui y accèdent, dans leur construction personnelle. Depuis moins longtemps peut être on sait que le groupe, la société, vivent mieux, se constituent mieux, quand chaque individu a eu une expérience concrète de vie collective. Les Accueils Collectifs de Mineurs permettent ces situations. Alors, où sont les vrais choix politiques pour enfin là aussi passer à l’acte? Nos revendications pour des vacances et des loisirs collectifs de mineurs éducatifs de qualité et accessibles à tous, ne doivent pas passer aux oubliettes des projets politiques !