Les manifestations du racisme et de l'antisémistisme dans nos sociétés
Lutte contre le racisme et l'antisémitisme, quelques points à retenir dans l'Histoire.
Comme toutes les idéologies de haine, le racisme et l’antisémitisme sont contraires aux valeurs républicaines et donc strictement interdit par la loi. En effet, le principe de non-discrimination est affirmé dès l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et garanti par des textes internationaux (Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, la Convention européenne des droits de l’homme de 1950). Le droit français reconnaît aujourd’hui 26 critères de discrimination dont la race, l’origine ethnique, la couleur de peau, le lieu de résidence, l’apparence physique…
En France, l’antisémitisme et le racisme peuvent être sanctionnés par plusieurs qualifications juridiques. Les actes ou propos antisémites et raciste peuvent être qualifiés de crimes ou de délits de haine : incitation à la discrimination, à la haine ou à la violence ; diffamation ; injure ; apologie ou contestation de crimes contre l’humanité, négationnisme... Ces infractions sont inscrites au Code Pénal et prévues par la loi de 1881 sur la liberté de la presse, la loi de 1972 relatives à la lutte contre le racisme (loi Pleven) et la loi de 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe (loi Gayssot). De plus, le caractère ou la motivation raciste d’une infraction (crime, délit …) constitue une circonstance aggravante, et donne lieu à des condamnations plus lourdes.
Dates clés des luttes contre le racisme en France
26 août 1789
Adoption par l’Assemblée nationale constituante du texte définitif de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Elle proclame dans son article 1 que les hommes naissent libres et égaux en droits.
27 avril 1848
Décret d’émancipation ou d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, pris sur l’initiative de Victor Schoelcher.
29 juillet 1881
Loi sur la liberté de la presse. Elle sanctionne notamment :
- La provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence (art.24, al.6), la diffamation (art.32, al.2), l’injure (art.33, al.3), envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race, une religion...
- L’apologie (art.24, al.3) et la contestation (art.24bis) des crimes contre l’humanité.
10 décembre 1948
La France signe, dès son adoption par l’ONU, la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH). Élaboré au sortir de la Seconde Guerre mondiale, cette déclaration affirme les droits fondamentaux de tous les êtres humains, de sorte à empêcher le retour des persécutions raciales et antisémites.
26 décembre 1964
La loi reconnaît les crimes contre l’humanité comme imprescriptible par leur nature, c’est-à-dire qu’il n’existe aucun délai pour engagé des poursuite. Elle renvoie à la définition internationale de la notion de « crime contre l’humanité » tel que consacré par le Charte du Tribunal de Nuremberg.
1er juillet 1972
Loi 72-546 relative à la lutte contre le racisme, dite loi Pléven. Elle réprime et sanctionne l'incitation à la haine en raison de l'origine ou de l'appartenance ou de la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.
3 mai 1974
La France ratifie la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH), adopté par le Conseil de l’Europe en 1950. Dès lors, la Convention entre en vigueur en France, et permet aux citoyen.nes de saisir directement la Cour européenne des droits de l’Homme.
13 juillet 1990
Loi 90-615 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe, dite loi Gayssot. Elle réprime notamment la contestation de l'existence des crimes contre l'humanité qui furent définis lors des procès de Nuremberg après la seconde guerre mondiale.
16 juillet 1995
Lors d’un discours de commémoration de la rafle du Vel d’Hiv, le président Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juif·ves de France durant la Seconde Guerre mondiale.
21 mai 2001
Dite loi Taubira, tendant à la reconnaissance en tant que crime contre l'humanité de la traite et de l'esclavage des populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes à partir du XIVème siècle.
3 février 2003
Aussi appelée « loi sur la sécurité intérieure », la loi de 2003 vient renforcer la répression des actes racistes antisémites et xénophobes. Elle introduit une circonstance aggravante lorsqu’un crime ou un délit est commis ou motivé par l’appartenance, réelle ou supposée, de la victime à une ethnie, une nation, une religion.
Mise en pratique : travail autour des dates clés de la lutte contre le racisme et l'antisémistisme en France
≈ Suggestion de consigne : choisir une loi et rechercher en quoi le contexte de l’époque explique la mise en place de cette loi.
Quelques chiffres du racisme en France et dans le monde
Aujourd'hui, la lutte contre le racisme est l'antisémitisme est un enjeu sociétale majeur, et de nombreuses institutions la présente comme une priorité. Ci-dessous une liste non exhaustive de chiffres permettent de mieux comprendre l'ampleur des actes racistes et antisémites en France :
En 2023, 79% des Français répondaient "oui' à l'affirmation "pensez-vous qu'une lutte vigoureuse contre le racisme est nécessaire en France ? "
Source : Observatoire des inégalités, CNCDH, 2023
En 2021, 55,3% des Français.es estiment que toutes les races se valent, et 36,9% que les races humaines n'existent pas . Ils ne sont plus que 5,6% a considéré que certaines races sont supérieures aux autres.
Source : CNCDH, "La lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie", 2021
En 2024, le ministère de l’intérieur a recensé plus de 16 000 infractions à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux, dont la majorité sont des provocations, des injures et des diffamations (76 % du total des infractions). Cela représente une augmentation d’environ 8,9 % par rapport à 2023. Cela s’inscrit ainsi dans une dynamique plus général puisque, depuis 2016, on constate une hausse continue dont la moyenne est de 8 % par an.
En 2024, le ministère relève que moins de 3% des personnes qui déclarent avoir été victime d'au moins une atteinte à caractère raciste entreprennent une démarche auprès des services de sécurité.
En 2024, 51% des Français.es (âgées de 18 à 79 ans et résidant en France métropolitaine) disent avoir été témoin de discrimination fondée sur l'origine et/ou la couleur de la peau, contre 36 % en 2016. Par ailleurs, les populations roms sont les plus touchés par les stéréotypes.
Source : "Rapport Les discriminations fondées sur la religion", Défenseurs des droits, 2025
En 2024, 55,3% des Français.es sont d'accord avec l'affirmation "Les Roms migrants exploitent très souvent les enfants".
Source : "Rapport Les discriminations fondées sur la religion", Défenseurs des droits, 2025
En 2024, 45% des Français.es sont d'accord avec l'affirmation "Les Roms migrants vivent essentiellement de vols et de trafics".
Source : "Rapport Les discriminations fondées sur la religion", Défenseurs des droits, 2025
En 2024, 30,2% des Français.es ne sont pas d'accord avec l'affirmation "Les Français roms sont des Français comme les autres".
Source : "Rapport Les discriminations fondées sur la religion", Défenseurs des droits, 2025
En 2024, 31 % des Français.es (âgées de 18 à 79 ans et résidant en France métropolitaine) disent avoir été témoin de discrimination fondée sur la religion, contre 21 % en 2016. Par ailleurs, les populations les plus touchées par cette forme de discriminations sont les Musulman.es et les Juif.ves.
Source : "Rapport Les discriminations fondées sur la religion", Défenseurs des droits, 2025
En 2021, 38% des Français estimant que l'islam est une menace pour le France.
Source : CNCDH, "La lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie", 2021
En 2021, 37% des Français estimant que les Juif.ves ont un rapport particulier à l'argent ; et 33,4% que pour les Juif.ves, Israël compte plus que la France.
Source : CNCDH, "La lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie", 2021
En 2025, le rapport des "Assises de lutte contre l'antisémitisme" montre que 59 % des collégiens et 50 % des lycéens adhèrent à au moins un préjugé antijuif.
Source : "Rapport Assises de lutte contre l'antisémitisme", 2025
En 2024, 79% des Français.es considéraient que l'antisémitisme était un phénomène « répandu » ou « très répandu » et 76% que celui-ci concernait la société dans son ensemble.
Source : "Rapport Assises de lutte contre l'antisémitisme", 2025
En 2025, 23 % des personnes victimes de discriminations disent que celles-ci ont pris place sur leur lieu de travail, 10 % lors de la recherche de logement, 9 % dans les études, à l’université, en formation.
Source : "Rapport Les discriminations fondées sur la religion", Défenseurs des droits, 2025
Quelques figures emblématiques de la lutte contre le racisme
René Cassin (1887-1976)
Résistant durant la Seconde Guerre mondiale, René Cassin participe à la reconstruction d’un cadre juridique international au sortir de la guerre. Il est l’un des principaux rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH) de 1948 et a contribué à la faire respecter en Europe, à travers la Cour européenne des droits de l’Homme. Il reçoit à la fois le prix Nobel de la paix et le prix des droits de l'homme des Nations unies en 1968.
Martin Luther King (1929-1968)
Fervent défenseur des droits civiques aux Etats-Unis de 1950 jusqu'à son assassinat en 1968. Il joue un rôle important dans la suppression de la ségrégation légale des Noirs américains, et notamment dans le sud des Etats-unis. Il participera notamment au boycot des bus de Montgomery, à la suite de l'action de Rosa Parks le 1 décembre 1955.
Stéphane Hessel (1917-2013)
Résistant durant la Seconde Guerre mondiale, Stephen Hessel a consacré sa vie à la défense des droits de l’Homme et de la dignité humaine. Après avoir contribué à la rédaction de le Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH) de 1948, il s’engage dans la reconnaissance des droits pour les « sans-papiers » et des palestinien.es. Il est auteur du manifeste Indignez-vous ! Paru en 2010.
Serge et Beate Klarsfled (né en 1935, et née en 1939)
Survivants et témoins de la Shoah, Serge et Beate Klarsfeld ont consacré leur vie à la reconnaissance de la Shoah et à la traque les anciens criminels nazis. À travers des actions militantes et médiatiques, il.elle pointe la responsabilité des hommes influents et des État dans la mise en œuvre de la Shoah. Il.elle ont notamment permis le jugement de Kurt Lischka, Herbert Hagen et Blaus Barbie. Leur couple est un symbole de la réconciliation franco-allemande d'après-guerre.
Ginette Kolinka (née en 1925)
Survivante du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, Ginette Kolinka a consacré sa vie à la lutte contre l’antisémitisme. Aujourd’hui écrivaine, elle poursuit depuis plus de 20 ans son travail de mémoire auprès des jeunes afin de les sensibiliser aux dangers de la montée actuelle de l’antisémitisme. Elle est l’une des dernières passeuse de mémoire toujours en vie aujourd’hui.
Mila Racine (1921-1945)
Engagé dans la Résistance à partir de 1942, Milan Racine a pour mission de faire passer des enfants juif.ves à la frontière franco-suisse en les amenant par convoi jusqu'à Annemasse. Elle se fera arrêter à 200 mètres de la frontière allemande, accompagnée d'une trentaine d'enfants. Déportée, Mila Racine meurt à quelques jours de la libération du camp de Mauthausen.
Rosa Parks (1913-2005)
Fervente militante des droits civiques, elle devient en 1955 une icône de la liberté et héroïne de la lutte contre la discrimination raciale de toute une nation. Elle a le courage de dire « NON » à la ségrégation raciale qui sévissait aux États-Unis en refusant de laisser sa place dans un bus à un passager blanc. Neuf mois plus tôt Claudette Colvin, une jeune adolescente d'Alabama, sera incarcérée pour avoir effectuée le même geste.
→ La vie méconnue de Claudette Colvin - Culture Prime
Black Panther Party (1966-1982)
Le Black Panther Party est un mouvement révolutionnaire de la libération afro-américaine, formé en Californie dans les années 1960 par Bobby Seale et Huey P.Newton. Ce mouvement de lutte contre les violences policières portera durant de nombreuses années la voix d’une jeunesse noire, maltraitée et humiliée par une société américaine raciste. Des grandes figures du mouvement ont marqué l’histoire des luttes contre les discriminations raciales : Angela Davis, Malcom X...
Linda Brown (1942-2018)
Enseignante et militante du mouvement des droits civiques afro-américains. Elle a été au cœur d’une des victoires historiques de la lutte pour les droits civiques des Noirs. Celle du 17 mai 1954, déclarant la ségrégation raciale dans les écoles publiques contraire à Constitution. Elle fonde en 1988, avec sa sœur « La Brown Fondation » afin de poursuivre la lutte contre les ségrégations et les ségrégations scolaires aux USA.
Nelson Mandela (1918-2013)
Nelson Mandela a consacré sa vie à la liberté, la solidarité, la paix entre les peuples. Il a triomphé des obstacles pour l’abolition de l’apartheid, non seulement de son peuple mais aussi celui de tous les exilés, exclus, résistants….
Amanda Gorman (1998 - ...)
Amanda Gorman, poétesse et militante pour les droits des afros-américain·es. Elle utilise sa plume pour lutter contre les discriminations et fonde en 2017, l'association " One Pen One Page", proposant des programmes d'écriture gratuits aux jeunes défavorisé·es. Elle est notamment connue pour avoir récité son poème "The Hill we Climb" à l'investiture du Président Joe Biden en 2021.
Simone Veil (1827-2017)
En parallèle de ses actions pour les droits des femmes, Simone Veil a consacré sa vie à la mémoire de la Shoah et au respect des droits humains. Survivante du camp d’extermination d’Auschwitz, où elle a été déportée à l’âge de 16 ans, elle a participé à de nombreuses initiatives éducatives et mémorielles pour sensibiliser aux crimes racistes et antisémites.
L'art pour lutter contre le racisme
Pour un travail en ligne :
≈ Suggestion de consigne 1 : En quoi les arts sont-ils mobilisés pour lutter contre le racisme ? A partir de l'une des oeuvres ci-dessous (au choix), relever son message, le contexte dans lequel celui-ci s'inscrit, puis analyser les éléments (visuels, langage etc) utilisés pour sensibiliser à la lutte contre les discriminations.
Pour un travail présentiel en groupe :
≈ Suggestion de consigne 2 : L'art pour lutter contre les discriminations. Choisir une des oeuvres ci-dessous et créer un support (une affiche de campagne, une vidéo préventive, texte, musique) dans le but de sensibiliser les publics à la lutte contre les discriminations.
Poésies, discours
"The Hill We Climb," Amanda Gorman
Poème récité lors de l'investiture de Joe Biden le 20 janvier 2021
Extrait :
When day comes, we ask ourselves
Where can we find light in this never-ending shade?
The loss we carry, a sea we must wade
We've braved the belly of the beast
We've learned that quiet isn't always peace
And the norms and notions of what "just is" isn't always justice
And yet, the dawn is ours before we knew it
Somehow, we do it
Somehow, wе've weatherеd and witnessed a nation that isn't broken
But simply unfinished
We, the successors of a country and a time
Where a skinny Black girl descended from slaves and raised by a single mother
Can dream of becoming president
Only to find herself reciting for one
And yes, we are far from polished, far from pristine
But that doesn't mean we are striving to form a union that is perfect
We are striving to forge a union with purpose
To compose a country committed to all cultures, colors, characters, and conditions of man
And so we lift our gazes not to what stands between us
But what stands before us
We close the divide because we know to put our future first, we must first put our differences aside
We lay down our arms so we can reach out our arms to one another
We seek harm to none and harmony and all
Let the globe, if nothing else, say, "This is true"
That even as we grieved, we grew
That even as we hurt, we hoped
That even as we tired, we tried
That we'll forever be tied together victorious
Not because we will never again know defeat
But because we will never again sow division
"Cher Frère Blanc" - Léopold Sédar Senghor
"I have a dream" - Martin Luther King Jr
Poème de Martin Niemöller « Puis ils sont venus me chercher... » 1950
Poème de Paul Éluard « Liberté » 1942
Poème de Nelly Sachs « Chœur des sauvés » 1947
Poème de Paul Celan "Fugue de Mort" 1947
Essai de Primo Levi « Si c'est un homme » 1947
Musiques
« Lettre à la République » de Kery James 2012
"A change is gonna come" (1963), Sam Cooke
"What's Going On", Marvin Gaye (1971)
"Imagine" – John Lennon (1971)
"Get up, Stand up", Bob Marley (1973)
“Ebony and Ivory”, Stevie Wonder et Paul Mccartney (1982)
"Le jeune noir à l'épee" - Abd al Malik (2019)
Peintures, photographies, sculptures
Menashe Kadishman "Shalechet" (Les Feuilles Mortes) 2001
Bansky - Hommage à George Floyd
JM Basquiat - Irony of black policemen
"The problem we all live with » Norman Rockwell, 1964
Zanele Muholi : activiste sud-africaine la plus percutante de sa génération, Zanele Muholi débute sa carrière en 2006. A travers son art elle son combat le racisme, la discrimination et toute forme d’inégalité dans la société post-apartheid d’Afrique du Sud.