J’ai rencontré un objectif original « développer le souvenir »

Trop souvent les objectifs énoncés sont les mêmes au mot près dans tous les projets pédagogiques des accueils collectifs de mineurs dans toute la France. Mais il existe, dans des centres de loisirs qui ne payent pas de mine, des exceptions qui sortent de l’ordinaire.
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Ca fait du bien de s’apercevoir que les équipes d’encadrement animées par les directeurs et directrices font preuve de valeurs fortes et affirmées qui permettent de répondre en priorité aux besoins des enfants puis de leur offrir l’occasion de profiter de vacances à leur rythme où ils pourront choisir ce qu’ils veulent faire et participer à réflexion sur le fonctionnement du centre.

Voici l’exemple d’un accueil collectif de mineurs qui présente les grandes lignes d’un projet pédagogique pour le moins original. Les enfants en toute sécurité y décident de leurs vacances, c’est possible et plus que jamais nécessaire.

Reprendre possession de ses vacances

Ce projet, je l’ai rencontré pendant les vacances de printemps dans un accueil de loisirs sans hébergement au cœur d’un petit village proche de Besançon (Serre-les-Sapins) dans une structure gérée par l’association locale des Familles Rurales. Le centre est ouvert parce qu’il accueille des enfants des personnels soignants ainsi que d’autres, porteurs de handicap ou dépendant de l’ASE.

Je l’ai rencontrée, oui, et j’en suis encore tout étonné, j’avais oublié que dans de nombreux endroits le courant pédagogique de l'Éducation nouvelle iirrigue encore et toujours les temps de loisirs et ça fait du bien de le voir de mes propres yeux ; qui plus est dans une structure qui n’est pas portée par les Ceméa, même si la directrice est militante de ce mouvement.

C’est possible, « quand on ne veut pas on ne peut pas » ai-je coutume de dire lorsqu’on me rétorque que patati patata les parents, la tutelle, les animateurs, la mairie, les moyens, le temps et bla bla bla un raton-laveur…, c’est possible et quand on veut vraiment, on peut. Ce sont les intentions pédagogiques et partant les objectifs qui en découlent qui donne le la, et cela précède les décisions budgétaires et y prévaut.

Pas de planning d’activités, ça fait du bien de ne pas voir affiché le planning des trois prochains mois, ni ce florilège un peu tape-à-l’œil qui accroche la clientèle. Ici, les enfants viennent parce qu’avant tout c’est un lieu de relations, un lieu de découverte, un lieu où ils vont pouvoir décider de leurs loisirs comme s’ils étaient chez eux.

De même, pas d’horaire de fin de l’accueil ; les enfants arrivent à l’heure qu’ils veulent, peuvent dormir tout leur saoul et vivre des choses chez eux en toute quiétude. Ou si les parents travaillent (et c’est la majorité), profiter de l’accueil et des coins qui en sont le principal constituant.

Les enfants sont acteurs, auteurs de leur journée. Et les objectifs généraux qui figurent dans le projet pédagogique « vivre sa vie d’enfant » et «permettre l’épanouissement » sont de bon augure et très différents de ceux qui copiés/collés à l’envi dans l’hypermarché numérique sur des sites déjà clones d’autres ressources, annoncent fièrement et tellement de façon désincarnée « favoriser l’autonomie » et « prendre soin de l’environnement » sans que ceux-ci ne présagent leur application au quotidien dans le fonctionnement de l’ACM.

Et lorsqu’un des objectifs de second rang stipule : « développer le souvenir », il y a là quelque chose de sensible qui confine à la poésie éducative, et ce n’est pas du flan. Car la poétique de l’accueil de loisirs ça existe et cela a du sens et elle peut passer par l’intermédiaire de cet objectif original. Fabriquer du souvenir c’est vivre des choses à plein, c’est avant tout se sentir bien, à l’aise, en droit de, autorisé à...

Ce qui se passe durant une journée est propice à la réalisation pleine de cet objectif, insolite s’il en est. C’est bien parce que les enfants auront des occasions de s’épanouir et de vivre à fond leur vie d’enfant qu’ils emmagasineront des souvenirs.

Individu, groupe, décider ensemble

L’équipe défend aussi le fait d’accueillir les enfants d’âge maternel et primaire sans les séparer dans le fonctionnement. Ce qui peut paraître aller à l’encontre du principe de référence mais qui permet une liberté et de vivre des temps communs avec les copains de son choix et de se retrouver entre pairs en âge lorsque le besoin s’en fait sentir.

La journée démarre par le conseil d’enfants. Pas de faux-semblants. Pas de tabou, ici on ose et l’enfant sans être roi est un « petit prince » (dans le droit sens du bouquin d’Antoine de St-exupéry), avec une liberté de parole propre à son état d’enfant, et avec ses mots à lui, à elle.

La qualité d’un projet pédagogique, se vérifie au fonctionnement qui le concrétise et permet aux enfants de vivre des vacances où ils et elles sont les décideur·euse·s. Et l’équipe d’encadrement en est le garant.

 

Cemea

À la suite de la remarque d’un enfant (un animateur ça surveille) que la directrice avait (en guise de sanction/réparation) chargé de préparer et animer un temps d’activité, celle-ci a estimé important d’engager son équipe à réfléchir sur la fonction et le rôle des animateurs. Quelle représentation en ont-ils ? Puis elle a adressé un questionnaire aux parents, et ceux-ci ont répondu en masse en affirmant que c’est un métier.

C’est vrai qu’animer peut être un métier mais c’est aussi juste une fonction parfois lorsqu’on choisit d’en exécuter les tâches pendant son temps personnel en dehors de toute activité principale (études, enseignement ou autres) et ce n’est pas pour cela qu’on n’est moins professionnel dans l’exercice de celle-ci.

À voir les animatrices œuvrer à l’écoute des enfants il est certain que dans ce centre-là, ces derniers, ces dernières passent de sacrées bonnes vacances. Et emmagasinent du souvenir.