Accompagner les pratiques numériques des jeunes

Repères et réflexions issus du rapport (2015) de l'Observatoire des pratiques numériques des jeunes en Normandie
Média secondaire

Ces travaux s'inscrivent dans le cadre du projet Education aux écrans mené par les Ceméa en Normandie, dans une dynamique partenariale Région Normandie, Rectorats de Caen et de Rouen, Enseignement agricole et Canopé. Ce projet qui propose des parcours d'éducation critique aux écrans aux jeunes comprend une veille sur leurs pratiques numériques. L'Observatoire en est l'outil, une enquête quantitative est faite chaque année auprès de plus de 5000 jeunes et est enrichie d'une enquête qualitative.

Voici les principales recommandations

Pistes d’accompagnement éducatif à approfondir au regard des difficultés rencontrées par les adolescents

A partir des difficultés rencontrées par les adolescents des filières professionnelles, voici quelques suggestions de chantiers qui pourraient être développés dans le cadre de la sensibilisation à l’internet ou en relation avec cette formation, au regard de l’ampleur des difficultés qu’ils rencontrent sur les RSN.

Certaines difficultés sont sans doute accrues pour les jeunes engagés dans des filières professionnelles : ils se tournent plus encore que les autres adolescents vers les communications par l’image qui évitent le texte, leur relative lenteur à lire rend leur fils d’actualité encore plus opaques et ennuyeux, leur appartenance aux milieux populaires les prépare moins à affronter les difficultés de la gestion de son image sur des réseaux sociaux ouverts et étendus, ils sont plus enclins que les enfants de milieu plus favorisés à adopter des discours rigoristes et culpabilisants à l’égard des filles et de leur exposition de soi. Mais il s’agit là de différences de degré. Les pistes proposées ci-dessous pourraient sans doute aider plus largement les jeunes à transformer leur rapport avec les RSN : sortir d’une démarche de soumission au conformisme du groupe pour construire des démarches plus responsables, plus proactives.

Sans un renforcement de la régulation publique il semble cependant irréaliste d’exiger des adolescents seuls de résoudre les difficultés éducatives gigantesques que posent ces réseaux.

Développer des formes d’expression personnelle qui ne relèvent pas de l’instantanéité

Il pourrait être intéressant de réinvestir des formes d’expression comme les blogs, qui permet une maîtrise plus grande de la propriété des documents qui y sont placés, et de l’organisation globale de la publication. Le choix des formes de la publication est plus étendu, la dépendance à l’égard de l’instantanéité moindre. La question de l’identité est au cœur de leurs préoccupations. Les plateformes proposent une version réifiée, formatée des identités. Il serait important de les faire travailler au contraire, à travers des portraits, des biographies, sur la complexité d’une identité, son caractère mouvant, multiple, adaptable.

Développer une culture de l’image dans sa richesse et sa diversité

La diffusion d’indices pris dans la réalité risque de constituer un court-circuit de la pensée, à l’opposé de toute communication élaborée. La pensée suppose réflexion, construction d’un point de vue, distanciation vis-à-vis de ce qui est vécu comme de ce qui est montré. Un travail sur la polysémie de l’image, sur la culture de l’image, à travers la photographie, ou à travers des exercices de construction de mini scenario à partir d’images du quotidien permettrait de rétablir une distance, une ouverture du sens. Il parait urgent de rendre sensible les jeunes à la multiplicité des manières de capter le réel, de leur faire découvrir l’existence de styles photographiques, afin de répondre au risque de réduction de l’expression par l’image immédiate, telle qu’elle est favorisée par les plateformes, d’ouvrir leur répertoire des régimes esthétiques et du « beau » qu’une plateforme comme Instagram cherche au contraire à formater, tout en profitant de l’explosion de pratiques photographiques.

Réfléchir au mode de publication sur le web et de son lien avec la surveillance

La question du public, de l’espace public, et de la vie privée, du lien entre liberté et vie privée est au cœur des problématiques des RSN. Ne pas tout dire, ne pas tout publier, c’est avoir le droit de se construire hors du regard des autres, de façon libre, en son for intérieur.

Amener les adolescents à réfléchir aux différentes formes de surveillance sur le web, les traces volontaires, les traces involontaires récupérées par les plateformes ; aux enjeux de la surveillance comme restriction des libertés ; réfléchir au sens d’une publication, au-delà de l’espionnage, et aux publications qui font lien avec les autres et peuvent donner lieu à une forme d’échange, voire de collaboration ; organiser de tels échanges sur des sujets d’actualité.

Les adolescents pensent être plus libres que les générations précédentes notamment parce qu’ils peuvent avoir des activités numériques qui ne leur préexistaient pas. Or un certain nombre de leurs usages du numérique loin de renforcer leurs libertés et leur capabilité (Senn) accroissent le contrôle du groupe sur leurs faits et gestes, et font apparaitre de nouvelles contraintes. Le poids et la rigueur des jugements des pairs sur les vêtements et plus largement l’exposition de soi des filles semblent particulièrement régressifs.

Inventer des modalités de politesse adaptées au web, travailler sur l’image des filles, et l’égalité femme/homme

Internet, du fait de son caractère dérégulé et commercial est devenu pour beaucoup d’adolescents la sphère du ricanement et de la moquerie. Si le divertissement et l’humour sont nécessaires, certaines formes d’humour peuvent porter atteinte à la dignité, véhiculer des stéréotypes racistes, sexistes. L’ampleur des propos sexistes tenus ouvertement pourrait constituer un sujet de vigilance particulière pour les éducateurs.

Le rapport du Haut conseil à l’égalité femmes-hommes dans son avis rendu en avril 2015 « diagnostique le phénomène du harcèlement sexiste et des violences sexuelles dans les transports comme massif, violent et aux impacts négatifs importants » notamment vis-à-vis de la liberté fondamentale des femmes d’aller et venir. Le climat sexiste, la banalisation des insultes contre les filles sur les RSN décrit par tous les groupes d’adolescents rencontrés relève de la même atteinte aux libertés fondamentales et appelle notamment une réponse éducative.

Assurer les filles que quelles que soient leur posture et leur look vestimentaire, rien ne justifie qu’on les insulte. Rappeler à tous que si des représentations leurs déplaisent ils devraient supprimer le contact qui envoie ces images de leur liste, mais ne peuvent les insulter. Rappeler à tous que le fait d’être témoin d’un appel au harcèlement est constitutif d’une non-assistance à personne en danger si l’on ne fait rien.

Comment s’informer sur les RSN, comment valider une information

Les pistes éducatives sur ce sujet sont nombreuses et connues puisque la question de la validité de l’information, de la fiabilité des sources, de la déontologie journalistique font partie du cœur de l’éducation aux médias et à l’information depuis 30 ans. Les entretiens rappellent qu’elles restent d’actualité, et qu’il faut réussir à construire des démarches d’accompagnement ne craignant pas la parole des jeunes, mais sachant répondre à leurs questionnements et nourrir leur culture politique. Ils sont peu au courant du panorama de la presse, de l’existence des lignes éditoriales des journaux, des règles déontologiques et juridiques qui s’appliquent aux journalistes, ce sont également des pistes à investir.

Certains jeunes sont écœurés par leurs fils d’actualité ou la pauvreté des échanges sur le web et finissent par croire qu’on peut « vivre sans internet ». C’est aussi le rôle des éducateurs de donner des pistes de bon usage. Il va être de plus en plus difficile de vivre sans internet. Construire une culture de l’information, culture citoyenne, reste plus que jamais nécessaire.

Comprendre le fonctionnement des plateformes

Les adolescents ont une idée encore sommaire du fonctionnement de l’internet et des plateformes. Mieux les comprendre, développer aussi leur connaissance de sites d’information fiables, devrait permettre de leur donner davantage confiance dans leurs propres activités. Néanmoins apparaît un fort décalage entre ce qu’ils ont compris et le comportement qu’ils décrivent (sur Snapchat ou Twitter) montre la nécessité d’approfondir cette connaissance et de construire dans le cadre scolaire des espaces de réflexivité leur permettant de mieux articuler les deux.

Faire le ménage sur ses comptes

Choisir ses amis, trier ses contacts, c’est sortir d’une logique d’ostentation pour une logique d’élection, une évolution qui pourrait être davantage accompagnée, au même titre que le rangement de la chambre ou du cartable car elle va au rebours des injonctions des plateformes. Si les adolescents ont retenu la consigne ils ont le plus grand mal à la mettre en œuvre.

Apprendre à reprendre la maîtrise du temps passé sur les consultations

Les adolescents ressentent une pression du groupe et l’utilisation de RSN leur semble une norme qui s’impose à eux sans nécessairement savoir ce qu’ils peuvent en faire. Un accompagnement pour maîtriser davantage le temps, prendre conscience du temps passé, semblerait utile. Une meilleure compréhension de la logique des plateformes notamment le rôle des propositions de contacts par l’algorithme de Facebook, pourrait les inciter à davantage de maîtrise.

 

Les résultats de l'Observatoire 2015

 

 

Le projet Education aux écrans et ses 4 axes de travail

Il répond à cinq objectifs : Engager le dialogue avec les jeunes sur leurs pratiques numériques ; Favoriser le partage de leurs expériences numériques ; Connaître les droits et devoirs d'un internaute responsable ; Agir sur le comportement consumériste des jeunes ; Renforcer les pratiques citoyennes des jeunes.

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