Kit de survie en milieu sénile ... ou pas !

La vieillesse est un âge où l’animation tient une place prépondérante et pourtant pas toujours reconnue à sa juste valeur. Ce métier d’animateur·trice, car c’en est un, est-il le même qu’avec d’autres publics ? Revêt-il des aspects spécifiques ? Quels objectifs met-il en avant ?
Téléchargement
Média secondaire

Le métier d’animateur·trice a au fil des ans trouvé sa place au sein des équipes qui officient dans les Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD). Et même s’il mérite  d’être davantage valorisé par les pouvoirs publics, il a déjà fait la preuve de sa nécessité, en particulier auprès des publics concernés.

Animer, ce n’est pas seulement offrir du bon temps aux vieux et vieilles (ce mot n’est en aucun cas péjoratif, car dans vieux il y a vie) mais aussi leur permettre d’avoir puis de réaliser des projets, de retrouver des plaisirs oubliés, des gestes qui restaient enfouis sous des années d’ennui, de sédentarité. C’est aussi la possibilité de découvertes, la part belle laissée à leurs désirs et le pouvoir de laisser la dépendance disparaître derrière l’autonomie.


 

Quelques généralités à propos de l'animation avec des personnes âgées 

Le projet d'animation est l'affaire de tous 

  • De la direction, si elle est convaincue du bien fondé de son existence
  • Des médecins et de l'équipe de soignant·e·s
  • Du personnel technique
  • Des résident·e·s

Il concerne les activités que l'on souhaite mettre en œuvre au sein de la structure pour que la personne âgée trouve un sens à sa vie en collectivité.

Il a besoin d'acteur·trice·s permanent·e·s (animateur·trice·s mais aussi équipes de soins,), d'acteur·trice·s ponctuel·le·s (famille, bénévoles) et de participant·e·s (acteurs, actrices actifs, actives mais aussi passifs, passives).
Il s'agit avant tout de définir un mode d'organisation entre les différent·e·s acteur1trice·s de l'animation pour donner du dynamisme à l'institution, un mode qui permettra au public de se ré-intégrer dans la société en tant que membre actif.

Cemea

Les tâches de l'animateur·trice

  • Organiser
  • Élaborer un projet d'animation
  • Mettre en œuvre, suivre et adapter le projet d'animation
  • Préparer, exécuter, évaluer
  • Coordonner
  • Responsabiliser
  • Organiser le partenariat
  • Solliciter sans harceler
  • Faire circuler l'information

Le rôle de l'animateur·trice

  • Respecter les tendances
  • Laisser se faire jour initiatives et responsabilités
  • Aider le groupe et accompagne chacun·e
  • Proposer des solutions
  • Être attentif·ve au groupe et à chacun·e
  • Favoriser les échanges
  • Réguler
  • Être médiateur·trice
  • Bien connaître chacune des personnes qui participent à l'animation
  • Savoir se faire accepter 
  • Permettre de vaincre les réticences
  • Établir un climat de confiance

Les compétences et attitudes de l'animateur·trice

  • Organiser
  • Être apte à la relation, à la communication
  • Être à l'écoute du groupe
  • Être capable d'être juste, neutre et objectif·ve
  • Être compréhensif·ve, confiant·e, attentif1ve, disponible
  • Être bon observateu·trice patient·e, sécurisant·e
  • Responsable
  • Mesuré·e, désintéressé·e, dévoué1e
  • Dynamique, enthousiaste
  • Faire preuve d'une personnalité affirmée

L'animation : une fonction à faire reconnaître, l’animateur·trice, un statut à valoriser

Il est nécessaire qu'il y ait un·e chef·fe d'orchestre, l'animation est un métier qui exige des connaissances, du savoir-faire, des compétences et du savoir-être. L'animateur·trice est le·la garant1e de l'orientation de l'animation. 

L'apport de l'animation dans la gestion d'un établissement

Elle est nécessaire et obligatoire, même si avec des résident·e·s atteints de DSTA (Démences Séniles Type Alzheimer) ou de tout autre type de pathologies handicapantes, elle est capitale, elle n’est pas un soin et aucun cas thérapeutique.

Cemea

L'animation permet de porter un autre regard, un regard original sur la personne, l’animateur·trice ne porte pas de  tunique professionnelle particulière et repérable.

L’animation c’est un ensemble de pratiques, c'est-à-dire la mise en agir d'activités au sein d'un programme institutionnel (ce modèle privilégiant la socialisation par le consensus avec une adhésion de l'individu aux valeurs du groupe).

L'animation a aussi un côté abstrait, elle offre un lieu d'échange et de création avec un transfert de valeurs par des pratiques symboliques au profit de la structuration du lien social. Ce modèle mettant au centre la socialisation, qui permet à un groupe d'évoluer autour d'un projet commun. 
Animer c’est prendre soin et prendre en considération.
L'animation est bien à l'intersection du social et du culturel, à ce titre elle participe de l’intervention sociale afin de rendre les publics plus aptes à communiquer, décider ou agir.

Elle permet de provoquer d'autres plaisirs, déclencher et solliciter des désirs nouveaux en favorisant pour chaque personne des occasions de sortir (retrouver des lieux connus, découvrir un autre environnement…). Elle s'intègre dans la démarche de prise en compte globale de la personne. Elle permet à l'individu de se positionner en tant que sujet en autorisant la circulation du désir de la personne en contrepoint de sa position de sujet, objet de soin et d'aide. 

Elle contribue au maintien de l'identité des personnes (dans et par la relation à autrui).

Pour la personne âgée, plongée au sein d'un réseau social déstructuré, à peine dans l'action et le faire, il s'agit de (re)trouver une place dans la société (la vraie, celle de tout le monde) en s'intégrant au présent dans leur présent, parmi le présent des autres. C'est un nouvel accostage, l'abordage d'un inconnu à défricher, déchiffrer, d'un avenir à débroussailler. C'est pourquoi il est important de leur permettre de se donner des repères (spatio-temporels, sociaux et existentiels) ou de leur en donner, de leur permettre d'être en position de véritablement choisir, d'émettre des opinions, d'exprimer des désirs.

Tout ceci s'inscrit dans une démarche d'intégration interactive entre un individu et son environnement social. Il est nécessaire de stimuler les échanges sociaux.

L'animation participe du changement de regard que la société doit bien un jour finir par porter sur la personne âgée et permet de lutter contre les représentations sociales négatives de la vieillesse, l'animateur étant en quelque sorte un agent d'insertion, un accompagnateur garant d'un véritable projet de vie. La mission première de l'animateur·trice étant : un changement de société ayant pour but ultime d'améliorer la vie d'une catégorie de personnes. Son rôle est de reconsidérer la personne âgée sous un jour plus respectueux de son humanité et qui aille au-delà du soin de vie quotidienne et médicale.

Pour illustrer la large palette de ses possibles, voici une liste (à la Prévert mais sans le raton-laveur) d’activités qui peuvent faire l’objet de projets individualisés, personnalisés qui répondent aux besoins, désirs et attentes de la personne âgée.

Cemea
  • Espace sensoriel
  • Gymnastique douce
  • Marche en plein air
  • Activités de plein air (repas au restaurant, visites de musées ou d'expositions, goûters à la ferme, pêche, pique-nique, fêtes locales, foire, marchés)
  • Spectacles, conférences, bibliothèque
  • Activités culinaires
  • Revues de presse
  • Discussions 
  • Ateliers d'écriture
  • Art postal
  • Jeux de mémoire
  • Jeux de société
  • Projection de films
  • Chants, danses, musique
  • Promenades
  • Séjours de vacances
  • Célébrations religieuses
  • Et un raton-laveur (humour à perpétuer) hé oui il est là

Il est important de préciser que chaque fois que c’est possible et il serait bien que ce soit souvent, permettre une approche intergénérationnelle est un plus appréciable et plein de sens.

Enfin, est-il utile de préciser que dans l'animation, il n'y a jamais de méthode neutre. Il est primordial de donner du sens encore et encore, en permettant à la personne âgée d'être au centre des pratiques. 

L’animation s’appuie sur des objectifs précis, réfléchis en fonction d’intentions pédagogiques définies dans le projet d’établissement. Pourquoi l’animation est-elle une fonction essentielle dans les institutions accueillant des personnes âgées ?

Langage et DSTA

Quelques rappels (pour mémoire)

  • La personne atteinte de DSTA (démence sénile de type Alzheimer) est, il faut bien se l'avouer (même à contre cœur) un·e vieillard·e hors du temps, immigré·e dans celui-ci. Elle a perdu définitivement des compétences dans de nombreux domaines. 
  • Elle craint la solitude, le noir et la nuit. Et sa démence outre des pertes implique la présence de déficit, de défaillances, de dysfonctionnements
  • Se font jour des aphasies, erreurs de mots, évocation voilée d'un jargon, une défaillance des facultés intra-mentales (pannes intellectuelles, lacunes de pensée, blancs mentaux...).
  • Les personnes qui travaillent avec ce public se doivent d'installer, de créer un espace de communication, afin de renarcissiser la personne âgée et de lui reconnaître la qualité intrinsèque d'interlocuteur à part entière

- la personne (toujours sujet, jamais objet) a quelque chose à dire, il y a toujours du sensé dans ce qu'il tente d'exprimer.
- il est moins grave de se tromper sur l'interprétation de ce que nous avons entendu à partir de ce qui a été émis, que de signifier que nous ne croyons pas la personne capable d'avoir quelque chose à nous communiquer.
- la personne est sans cesse en quête d'une dignité, de dignités.

  • L'empathie est nécessaire, le contact physique également, ainsi que la nécessité de soutenir l'attention par la qualité des feed back. Importance de l'intonation, des mimiques et de la posture.
  • Il est important de fournir une aide systématique pour la recherche de mots (reformulation et prêt de mots, admission que ce qui est dit est vrai) et d'explorer des techniques de facilitation.
  • L'amnésie implique des réminiscences mais c'est leur mise en relation (entre elles et avec éléments lexicaux) qui permettrait une prise de sens qui semble impossible. Tous les malades ont en commun une grande vulnérabilité narcissique, une ambivalence débouchant sur une incapacité à faire des choix (phobies d'implication) et un vécu d'abandon. Leur discours verbal est pauvre, émaillé d'erreurs, de néologismes, de périphrases, de fausses routes textuelles mais il existe une tentative d'expression. Il est absolument nécessaire de penser à s'enquérir de ce que le patient veut, souhaite et d'être dans un réel lexical, un espace quotidien, habituel, un microcosme d'ordinaire, qui loin d'être sable mouvant permettent la mise en surface de motextes.


Quelques pense-bêtes pour ne pas oublier qu’il ne faut jamais prendre les gens pour des vieux, des vieilles mais ne jamais oublier qu’ils·elles le sont

  • Favoriser l’agir pour continuer à exister en tant que personne à part entière
  • Penser à solliciter les différentes fonctions (motricité, cognition,   relation)
  • Veiller à maintenir les «éléments de la personnalité de chacun  (estime de soi, bien-être, faculté d'entrer en relation et communication)
  • Savoir projeter sans tout planifier
  • Avoir une souplesse de fonctionnement pour se permettre d'inventer spontanément une nouvelle activité, accepter les activités spontanées peut aussi permettre de consolider un  projet déjà mis en place
  • L’espace est essentiel
  • Maintenir coûte que coûte l'activité : une préoccupation essentielle, un accompagnement au quotidien
  • Accompagner la personne peut lui permettre de trouver sa propre stratégie
  • Se souvenir qu’il y a encore des facultés d'apprentissage jusqu'au bout de la vie
  • Ergothérapie et animation : des outils semblables et des buts différents
  • Les supports d'animation sont des médiateurs de communication
  • Avoir toujours à l’esprit que fatigue et peur de l'échec ralentissent la participation
  • Prendre en compte le passé socioculturel des personnes pour favoriser le maintien et le développement des relations sociales
  • Un rapport de confiance est primordial
  • Parler de tout et de rien, du quotidien, de 1000 petites choses qui font surgir un plaisir
  • Collecter des informations fondées sur les désirs des résident·e·s
  • Éveiller le désir, réveiller ou faire jaillir des capacités, susciter un plaisir
  • Élaborer un projet fédérateur entre projet de vie du·de la résident·e et projet d'animation
  • Multiplier les activités de réminiscence (revoir son village, sentir les odeurs oubliées, les parfums, raconter autrefois...) — kim + évocations orales et écrites
  • Faire émerger des émotions dans ce nouvel espace de vie
  • Permettre la révélation des potentialités de chaque personne
  • Permettre la réconciliation de la personne avec son vécu
  • Créer et faire fonctionner des comités de résident·e·s
  • Oser l'échange de savoirs
  • Réapprendre à vivre au quotidien
  • Permettre de fonder une association
  • Réaliser les projets
  • Permettre d'être connu et reconnu (conserver son identité), continuer à se faire  connaître et reconnaître
  • Nous accueillons, avant tout des personnes avant qu'elles soient des personnes âgées : ce sont des êtres historiques, porteurs d'une histoire fondée sur un passé encore et toujours actuel, histoire constitutive de leur présent et de leur futur) des êtres indivisibles (attention à ce qu'ils ne deviennent pas invisibles) et uniques avec un patrimoine biologique, culturel dans un état de   santé présent et un psychisme, des besoins propres et des attentes personnelles
  • Toute tentative d'uniformisation, de standardisation, de nivellement des actions doit obligatoirement se trouver invalidée
  • Laisser la place aux particularités, aux désirs spécifiques, aux choix personnels, à l'expression de sa personne et de sa personnalité (besoin, souhait, attente, désir, plaisir)
  • La notion de besoin dans son sens médicalisé se doit d'être modéré avec les PA
  • La PA est une volonté libre, autonome, un sujet de liberté capable de faire des choix, titulaire de droits et devoirs, citoyen, un être relationnel, social, doté de prérogatives éthiques
  • C'est autour de l'animation que peut se créer cet espace de liberté qui fonde la dignité de l'homme
  • Le·la résident·e doit être sujet et pas seulement (peut être jamais) objet
  • Considérer la personne comme sujet acteur de sa vie fonde un statut du résident·e qui lui permet d'exister (au sens étymologique) : le préfixe « ex » signifiant « hors de » et le suffixe « sistere » « se tenir » ce qui conduit à traduire ceci par : faire émerger
  • Accompagner le·la résident·e à se distinguer des autres, avec les autres
  • Réfléchir à l'animation nous renvoie à une éthique de la personne comme fondement de nos pratiques
  • Le travail en équipe s'impose
  • Chaque établissement détient sa propre histoire et culture et son propre fonctionnement, mais il apparaît des invariables dans les exigences, à savoir :

- être reliés par le partage des mêmes finalités (projet de vie de l'établissement)
- définir un but à atteindre, lisible par tous (projet de vie personnalisé)
- définir clairement le rôle attribué à chacun·e (rôle important des directeur·trice·s de structures)
- promouvoir le sens de la responsabilité de l'équipe et de chacun·e dans l'équipe
- avoir le souci de formation des équipes
- avoir la capacité de définir, mettre en place, évaluer des objectifs

L'animation ne peut se concevoir comme un processus d'improvisation et suppose une démarche de construction qui garantit la qualité de vie dans l'institution.

Animer c'est éveiller des désirs : c'est être actif·ve dans le sillage d'une écoute attentive, c'est susciter, proposer, provoquer, impulser une joie de vivre puisée dans un fort sentiment d'existence (repris dans un texte d'un stagiaire BAFD).

Retrouvez l'intégralité du dossier

KIT DE SURVIE POUR ANIMER EN MILIEU SÉNILE OU PAS