Jouez, chantez !

La plupart des jeux chantés traditionnels ont été inventés par des enfants en jouant librement, aujourd’hui nos sociétés brident cette création spontanée. Quelques petits riens suffisent à relancer la machine à créer
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bandeau Image par OpenClipart-Vectors de Pixabay

Dans un premier temps, les enfants sont tentés de reprendre des consignes ou des formules héritées d'autres jeux.

► Sur le refrain joyeux et enlevé du « Petit Poisson-clown » de Pierre Chêne, le groupe recherche une façon de se déplacer :

Clown, clown, peti! clown,
c’était un p 'tit poisson-clown, (bis)

... et enchaîne, par exemple, avec le jeu de proposition et d’imitation de gestes, décrit dans « Rond, rond, macaron ».

Un joueur : Claude fait ceci… (en se nommant, il propose un geste).

Tous : Poisson-clown le fait aussi ! (tous les joueurs reproduisent son geste ; le refrain est repris après chaque intervention).

► Aventure d'un jeu de plein air qui prit un jour une forme chantée. Sur la fabulette « Comptine marine », d'Anne Sylvestre, un groupe de 7-8 ans avait transposé son jeu favori « Le Filet du pêcheur ».

Pêcheurs sur un cercle, poissons à l’extérieur. Ces derniers peuvent jouer individuellement ou former des brochettes de trois ou quatre poissons. Ils passent à travers les mailles du filet et tous chantent :

C'est une comptine, comptine marine,
C’est une comptine en bois,
Flotte tout ce qui se voit. …

La ronde des pêcheurs se met alors à tourner :

Ainsi font, ainsi font, ainsi font tous les poissons (bis)

Pendant que les poissons évoluent librement à l’intérieur ou à l’extérieur de la ronde. Les poissons traversent à nouveau les mailles du filet alors que les pêcheurs immobiles chantent seuls :

Si c’est toi le poisson-chat,
Reste là, reste là,
Si c’est toi le poisson-chat,
Sois dans cette vague-là.

Les pêcheurs abaissent les bras à la fin de la dernière phrase et les poissons capturés grossissent leur ronde. Même jeu sur les autres couplets.

Plusieurs démarches sont possibles pour aider les enfants à aboutir dans leur recherche, sans entraver leur liberté de mouvement et de proposition. Voici quelques suggestions pouvant convenir aux premières expériences.

« Poules, mes poules » de Henri Dès. Les enfants connaissent déjà la chanson. En chantant, et en circulant, ils s'interrogent sur le déplacement pouvant convenir au refrain :

Poules, mes poules, poules, mes poules
Cot, cot, cot, cot, cot, cot, cot
Poules, mes poules, poules, mes poules
Cot, cot, cot, cot, cot…

Parvenus à un accord, on peut ensuite former trois groupes, de deux, trois ou quatre enfants chacun. L’un des groupes choisit le couplet de la poule blanche, les autres, celui de la noire ou de la rousse. Le moment venu de chanter entièrement la chanson, tous seront en mouvement sur le refrain, et à son couplet, chaque groupe évoluera selon ce qu’il a inventé. On peut décider que la reprise du couplet sera dansée par tous (observation, imitation immédiate, c’est intéressant). Les enfants auront, sans doute, envie de tout reprendre immédiatement, pour assurer leur exécution et leur plaisir (on pourrait procéder d'une manière analogue avec la chanson de Pierre Chêne, « Dans mon sac » ).

► « Les Souris » de Jacques Lafont et Suzanne François. J’ai souvent utilisé cette chanson-jeu sous forme de dialogue. Avec les enfants, l'associer au mouvement permet de mettre en évidence la structure de la chanson et de mémoriser plus facilement la récapitulation.

► Autre dialogue pour enfants plus entraînés, celui de « C’est... pas vrai » de Pierre Amiot. Expérimenter et choisir des percussions corporelles, des enchaînements de gestes parfaitement accordés à la structure rythmique de cette chanson-jeu plus complexe, soutiendraient la précision et la dynamique de l'exécution. N’excluons pas l’invitation à l’ajout d’autres couplets.

« La Grenouille verte » de Pierre Chêne. C’est une chanson « à répétition », genre précieux, qui simplifie l’apprentissage. L’accompagnement renforçant le caractère pétillant de la mélodie. On peut proposer de se grouper par deux, trois, ou quatre et de se concerter pour mettre au point un module qui sera répété à chaque couplet. Le silence de deux temps peut aussi être mis en relief.

Quand tous les groupes sont prêts, ils se répartissent dans l'espace. La chanson est dansée et chantée avec le soutien de l'enregistrement, en lui conservant sa forme répétitive. S’il s’agit d’enfants bien motivés, on peut envisager, après avoir comparé les différentes trouvailles, d’en adopter une qui sera exécutée par tous ou par deux groupes se répondant : solo, reprise et prenant en charge la totalité de la chanson.

Ces essais sont parfois prolongés par des activités complémentaires : accompagnement de percussions, marionnettes, ombres, construction d’objets sonores, etc.

« Bizarre » de Henri Dès, peut être abordée d’une façon un peu semblable. Recherche d’un module répété sur les nombreux couplets. Là encore la musique enregistrée peut aider à conserver la rigueur de l’enchaînement et le caractère de la musique.

« Lon, lon, l’accordéon » d’Anne Sylvestre est à proposer à des groupes de six à huit enfants, plus âgés et entraînés à chanter. Ces petits groupes étant plus autonomes, il s’agira :

  • D’éviter la panne ou les complications qui les décourageraient ;
  • D’aider à reprendre les propositions, à rechercher la cohérence ;
  • De veiller surtout à ce que chacun puisse s’exprimer.

C’est un type de recherche plus difficile, mais il apprend à écouter, à respecter les idées de chacun, à renoncer parfois aux siennes, à donner la priorité à la vie de la chanson.

 


Article publié dans les cahiers de l’animation n° 24