Activités autour de l’écriture en EHPAD

L’écriture est une activité comme une autre, et à la fois une activité un peu à part parce qu’elle fait appel à des compétences dont la majorité des personnes âgées n’a pas conscience. Il existe une infinité d’entrées possibles pour permettre l’émergence de textes divers.
Média secondaire

On  a souvent une vision erronée de ce que sont les animations autour des mots, de l’écriture. On pense que c’est réservé à certain·e·s, que c’est complexe, qu’il faut être calé·e pour réussir à produire du texte. En EHPAD, ces activités sont souvent liées au travail autour de la mémoire, à la valorisation de souvenirs personnels ou partagés, elles peuvent aussi s’appuyer sur le quotidien de chacun·e et de la vie à l’intérieur de l’établissement.

Les propositions sont nombreuses et leur variété est susceptible de ravir tout le monde. Elles sont simples à mettre en place et ne demandent pas de compétences particulières de la part des équipes d’animation.

En voici un florilège à utiliser sans modération.


 

Il s’agit d’une palette de possibles, d’une plongée dans l’univers des mots et des souvenirs, dans le quotidien et l’actualité également ;

Nul besoin de matériel, juste du papier, un stylo (ou un clavier) et la voix.

 

  • Toujours partir de lectures (d'hier et d'aujourd'hui). Une lecture à haute voix d’auteurices connu·e·s, apprécié·e·s est toujours la bienvenue, tout en n’oubliant pas de glisser de temps en temps des écrits d’aujourd’hui.
  • Mettre en place un marché, une brocante de mots, un salon des antiquaires lexicaux. Se souvenir des mots anciens, oubliés mais aussi découvrir les mots d’aujourd’hui, et tenter de jongler avec le passé et le présent.
  • Avoir recours à l'ordinaire, aux choses de la vie (partout où il y a des mots), se servir de l’autour, des alentours, de ce qui figure dans les divers milieux où on évolue.
  • Écrire sous perfusion (à partir d'auteurs qui disent le quotidien : G.Pérec, H.Le Tellier, A.Ernaux...).
  • Dire et écrire de la poésie. La poésie est le genre d’écrits le plus simple à produire (contrairement à ce que l’inconscient collectif pense et diffuse). Il suffit parfois juste de mots posés comme des briques pour construire un texte.
  • Élaborer une broderie de mots sur le modèle suivant : un oiseau est un poème, un poème est une rose, une rose est un buisson d’épines, un buisson d’épines est une promesse de blessure, une promesse de blessure est une tristesse, une tristesse est du passé, du passé est... 
  • Faire des collages. Le principe du collage peut parfois rebuter les plus récalcitrantes des personnes âgées, qui avancent qu’elles ne sont pas des enfants. Dire que dans l’art, et l’écriture ce procédé est courant semble être un argument convaincant (au besoin, faire découvrir des collages cubistes, des montages dada ou surréalistes pour appuyer).
  • Écrire avec des contraintes. Il faut dire et redire que la contrainte ouvre des possibles et permet d’aller où on ne serait jamais allé sans elle.
  • Partir d'images, de photos…. Ce procédé est générateur de réminiscences, d’idées, de flashs textuels.
  • Utiliser les automatismes, les refrains, les répétitions. Des ouvertures telles que : un jour, comme d’habitude, de mon temps, avec moi, dans la campagne, les rues, je me souviens, quand il pleut (et ainsi de suite à l’infini) permettent de déclencher des mécanismes, des automatismes et engagent à mettre en mots ce qui vient à l’esprit.
  • Partir d'une bande dessinée (remplir les phylactères). Tintin, Astérix mais aussi d’autres BD plus modernes.
  • Écrire oralement. C’est une stratégie très intéressante lorsque dans le public il y a des personnes qui ne sont plus en capacité d’écrire. Les gens parlent et l’animateur note textuellement ce qui est dit.
  • Multiplier les sollicitations textuelles (affiches, textes grossis, slogans, proverbes, journaux, textes poétiques, collages, calendriers, éphémérides).
  • Travailler autour de l'idée du temps (partir de montres, d'horloges, d’anciens journaux...).
  • Écrire par vol de mots (il y a des mots partout, pourquoi ne pas s’en servir après se les être  appropriés ? Il est nécessaire que la personne qui écrit écrive avec ses mots à elle, qu’elle a décidé d’utiliser. Les mots de toute le monde, les mots des autres, ce sont aussi les nôtres lorsqu’on l’a décidé.
  • À partir de livres d'art (les œuvres, les tableaux, l’architecture sont d’excellents outils d’inspiration)
  • Opérer par déchirage, découpage. Il y a dans les magazines (il faut en récolter le plus possible, de divers types et très différents, en avoir toujours en réserve
  • À partir de comptines ou de chansons.
  • Confectionner des port-folio de mots, de textes à des fins de carnet d’un voyage immobile (garder, amasser, trier, coller comme un herbier de mots, de textes, agrémenté de photographies.
  • Lier l'écrit et l'image (partir de Claude Ponti et de ses albums foutraques, en particulier la série « Tromboline et Foulbazar » et « Blaise le poussin masqué » ou encore « l’arbre sans fin » et « catalogue de parents »). 
  • Écrire à partir de souvenirs rappelés (parfums, odeurs, textures, goût, images)

Pour toutes ces entrées et propositions d’écriture, il est nécessaire d’avoir une bibliothèque de qualité et un choix de journaux et magazines très variés.

Et aussi il est important de fixer des règles contraignantes qui vont aider à écrire. Il est nécessaire aussi de multiplier les approches, afin de permettre à chacun de trouver celle qui lui convient le mieux, la meilleure façon d'apprivoiser les mots.

Travailler sur le sens et à son éloignement et permettre à chacun d'utiliser les mots qu'il a en magasin, en sa réserve à lui. Utiliser les manques, les absences comme matériel de création poétique.

Et encore, plus précisément...

Partir d'une liste de mots, établie ensemble à l'oral et centrer les séances d’écriture autour d’une thématique toujours puisée dans la banalité si riche de la vie quotidienne. Les écrits peuvent être individuels ou mutualisés. Pour les résidents qui ne maîtrisent plus le geste d’écrire il est possible de passer par la parole avec de la part de l’animateur une prise de notes fidèle de ce qui se dit.

Voici quelques pistes qui peuvent constituer des thèmes à fouiller

  •  Les voisins, la rue, ma rue
  •  Le supermarché, la petite épicerie, l'hypermarché, les boutiques (faire des courses)
  • Chansons et rimes
  •  Amis d'enfance, années d'école, trajets, instits, copains, objets, tables de multiplication
  •  Plats préférés et repas
  •  Avant d'aller dormir, toilettes, vêtements
  •  Faire des bêtises et ce que cela implique (punitions...)
  •  Maladies infantiles, travaux domestiques
  •  Le monde du travail (journée, la première paye, les gestes)
  •  Quand je serai grand, quand j'étais petit, demain je...
  •  Les véhicules, les vacances (congés payés, cartes postales, excursions, bord de mer...)
  •  Les fêtes et événements exceptionnels (anniversaire, cadeaux, père Noël, repas, rites de passage, coutumes religieuses...)
  •  Sortir, amours, se marier, liste de mariage, lune de miel
  •  Catastrophes, imprévus…
  •  Grands événements locaux, nationaux, mondiaux
  •  Le sport
  •  À la radio, à la télé

L’écriture est une belle manière de laisser trace, un excellent moyen de faire passer des émotions, des messages, la relation de quelque chose qui a marqué.

À vos plumes, parce que si vous voulez que les résidents écrivent il est bon que vous vous y mettiez également.