LA MÉDIATHÈQUE ÉDUC’ACTIVE DES CEMÉA

Une pépite

Il y a dans l’arrière-pays du passé parfois des trésors qui passent inaperçus ou dont on n’a pas connaissance. Et lorsqu’on les découvre, orpailleur·e·s de l’image et des mots, ils n’en demeurent pas moins plus que jamais d’actualité
Média secondaire

Lorsqu’on fait œuvre ou profession d’éducation, que les apprentissages sont notre souci constant, que le grandir des enfants nous importe tellement, lorsqu’on cherche et recherche comment faire, tomber sur une trouvaille ça fait du bien. Et le festival international du film d’éducation d’Évreux lors de son édition de 2019 nous en a déniché une.


Ma petite pépite du FIFE 2019!

L’édition 2019 du FIFE nous a donné l’occasion de découvrir un film exceptionnel, sorti en 1973 à la télévision italienne et diffusé sous forme de 4 épisodes d’environ une heure chacun. 20 millions de personnes l’ont alors vu et il a suscité de gros débats sur l’école dans l’Italie d’après 68.

Cemea

Il s’agit d’un film de Vittorio De Seta qui, comme son titre l’indique (Journal d’un maître d’école) , raconte le quotidien d’un enseignant.

Il convient de préciser que celui-ci venant du Sud de l’Italie, débute dans le métier et que l’école se situe dans la banlieue de Rome avec des élèves, pour la plupart issus de l’immigration.

Si ce film est exceptionnel, c’est à plusieurs titres :

D’abord parce qu’à sa sortie en 1973, s’il avait été diffusé dans la plupart des pays européens, cela n’a pas été le cas en France; d’ailleurs il n’avait pas encore été sous-titré en français jusqu’à très récemment.

D’autre part, à travers lui, nous assistons à un processus de création où les scènes sont improvisées sur une trame écrite au jour le jour en fonction des réactions, des répliques des jeunes. Les adultes sont joués par des acteurs professionnels alors que les enfants jouent leur propre rôle d’élèves.

Le tournage se passe en classe mais aussi dans les terrains vagues alentour, vrais terrains d’aventure, ou encore sur les lieux de travail de ces adolescents qui désertent souvent l’école pour rapporter leur part au pot commun de la famille.

L’institution éducation nationale est également représentée notamment via un directeur caricaturé qui défend les rigidités du système.

On assiste aux premiers pas d’un jeune maître qui tâtonne, hésite, se trompe et invente en direct un programme inspiré de la vie, des réparties, de la culture, des cultures des élèves. La référence à Freinet et à l’éducation nouvelle y est très claire. La préoccupation de susciter l’intérêt des jeunes pour qu’ils reviennent en classe le lendemain est permanente et justifie ce qui ressemble à des prises de risque dans un système discriminant.

Bref, vous l’avez compris, nous avons affaire à un film élaborant un processus cinématographique mais aussi pédagogique et politique par ses partis pris (sur la pauvreté, l’immigration, le travail des enfants, la narration de l’histoire nationale…). Un film on ne peut plus d’actualité qui n’est ni vraiment un film ni vraiment un documentaire mais donne à voir une “école en train de se faire”!

Philippe Meirieu s’est régalé et a pris grand plaisir à débattre avec nous mais comme lui et avec lui, nous avons écouté avec grand intérêt Federico Rossini qui a eu l’idée de faire un livre qui accompagne le DVD du film et en raconte l’histoire, les anecdotes, le contexte.

A lire et à voir donc !


Diario di un maestro / Journal d’un maître d’école - Le film, un livre. Editions L 'arachneen

Le site du festival international du film d'éducation

Pendant cinq jours, les films proposés et le regard de leurs réalisateurs abordent les grandes problématiques de l’éducation, de l’enfance et de la jeunesse, de la transmission culturelle ou intergénérationnelle, et de la lutte contre toutes les discriminations, à travers des histoires et des parcours de vie d’enfants, de jeunes et d’adultes. Ces films de fiction, ces documentaires ou ces films d’animation, de tous les formats, s’adressent à un très large public, parents, éducateurs, responsables associatifs, politiques ou des collectivités locales et tout citoyen.
Visiter