LA MÉDIATHÈQUE ÉDUC’ACTIVE DES CEMÉA

La demi-heure

« Seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin. » Journal d'une négociation dans laquelle le chemin de la décision prend le pas sur la décision elle-même
Média secondaire
Mercredi 12 septembre 2018.  CoPil n°1

On a la réponse, il y aura un DBDA 3. C’est notre premier Comité de Pilotage de l’année, l’organigramme que l’on a réfléchi depuis juin dernier a pris forme, certaines choses vont bouger, d’autres resteront les mêmes ; le projet est relancé. L’amont du festival sera organisé par pôles, eux-mêmes répartis dans des axes, et la somme des responsables de ces différentes instances sera réunie lors de CoPil, lieux de décisions et de validations. Rémi et moi signons respectivement cette année, comme l’année dernière, pour la gestion des pôles Spectacles Musicaux et Spectacles Non Musicaux. Cette année, nous décidons de mettre en place une réelle organisation dans nos pôles, et nous avons quelques idées d’améliorations à apporter. Les contenus, les tranches horaires, les envies, les valeurs... Répartissons nous les tâches, décidons ensemble, notre projet doit avoir l’air vrai.

Mercredi 26 septembre 2018. Réunion SNM n°1

« Bienvenue à la première réunion du pôle Spectacles Non Musicaux (SNM pour les intimes). Si vous êtes là, c’est soit parce qu’on en a déjà parlé ensemble, soit parce que vous l’avez déjà vécu l’an passé et que vous avez décidé de retenter l’expérience, soit parce que vous avez envie de goûter au projet, et que vous trouviez que cet angle était une bonne idée. Quoiqu’il en soit, qu’avons-nous envie de faire cette année ? ».

On a décidé, on veut du théâtre, du vrai. Un truc qui pète, qui fasse parler de lui, un truc qui nous en mette plein les mirettes et qui résonne en chacun·e de nous. Un truc fait par des pros, des gens expérimentés, un truc de ouf.

Vendredi 28 septembre 2018. Réunion n°1 de l’Axe Direction Artistique

Une première réunion de deux heures entre les représentant·e·s des pôles Animation, Spectacles Musicaux, Culture, Spectacles Non Musicaux et la responsable de l’Axe. 2 heures passées sur les fondements de notre projet. L’organisation, la programmation, la part accordée à la musique et celle accordée au théâtre. Une incohérence, une incompréhension, un pavé dans la marre, une baleine sous un gravillon.

« On souhaite qu’une belle part horaire soit accordée au théâtre ».

Esclandre, débat : « Quoi ? Mais comment ça, prendre la place de la musique ? Et à quelle heure vont donc commencer les concerts ? Il n’est pas question qu’on paie des groupes de musique pour qu’ils aient de mauvais horaires ! En plus, on a déjà réfléchi à une trame, et y a pas la place. ……. » Une demi-heure de décalage, une toute petite demi-heure prévue par le pôle Musical et le pôle SNM en même temps.

Chacun·e maintient ses positions, 3 contre 1. On esquisse un accord, 2 contre 2. L’un met de l’eau dans son vin, pas l’autre, 1 contre 1. On s’essaie à l’art de convaincre, on s’explique, on illustre… Puis à un moment, on tente même de s’écouter. On tranche : « On n’a qu’à dire qu’un soir, la musique commence plus tard, et que l’autre, elle commence plus tôt ? ». On n’a qu’à dire ça, de toute manière, il est 22h, on est tous crevés et on en a marre de batailler. En vrai, on n’est toujours pas d’accord.

Mercredi 3 octobre 2018. CoPil n°2

Comptes-rendus des différentes réunions de pôles et d’axes, mise à plat de toutes les idées, envies, projets… « L’Axe Direction Artistique a une proposition de planning à faire. 2 options à choisir ensemble, soit A Soit B. ». Autour de la table, personne n’a vraiment vu la différence. Elle ne change pas grand-chose pour les pôles qui ont des ateliers ou des animations à prévoir, puisque pour eux le début de la musique ou du théâtre annonce la fin de leurs activités, pour les autres, cela n’a pas d’influence ; ils ont une organisation parallèle et la décision entre les deux n’importe peu.

Cependant, les avis vont bon train : « Moi je suis pour qu’il y ait du théâtre, c’est important le théâtre. », « Moi je pense que la musique fait venir des gens, on veut qu’il y ait des gens, il faut de la musique. » … « On reporte la décision au prochain CoPil, je propose que vous en discutiez en réunion de pôles, puis entre vous et que vous nous fassiez des propositions concrètes la prochaine fois. ».

Même si nous n’avons trouvé la réponse qu’en novembre, il faut noter que la décision s’est prise relativement vite au final. Il n’a fallu que 7 coups de fils, 4 réunions, 3 pintes citrons, 3 pintes de blonde et 2 sourires pour qu’on aboutisse à un accord de principe, qui puisse permettre à notre projet d’avoir une partie de ce qu’il faut pour tenir debout.

Vendredi 7 juin 2019. DBDA#3 Jour n°1

La Compagnie Marzouk Machine fait son entrée à 19h02 sur la pelouse du parc. La présence de 3 comédien·ne·s faisant du vélo en justaucorps noirs moulants sous la pluie et sur une énorme machine statique attire les festivalier·e·s. Guillaume termine la table ronde, les gens quittent la salle pour se diriger vers la moquette installée, l’auditoire devient public, les visiteurs se changent en spectateurs. Le spectacle commence. Jimi en visu, Charles au téléphone, la logistique est prête. Il n’y aura pas de roulements de tambours, mais une partie de foot avec la Terre, la découverte de l’eau re-potable, l’apparition de la reconstitution de la Delorean et un jet de pétards comme signal de fin.

Ce moment grandiose à l’échelle d’un projet de jeunes amateur·ice·s de théâtre aura duré 1h40. La line up aura été dépassée d’un quart d’heure. Cela aura été récupéré sur le dernier concert de la soirée. La musicienne, tellement enthousiaste, ne nous en aura pas voulu. Il n’y aura eu que peu de séquelles et, après tout, un quart d’heure n’est que la moitié d’une demi-heure. La nature et l’inexactitude du moment T auront eu raison de toute nos prévisions. Ce n’aura été qu’à ce moment-là que nous avons compris, Rémi, moi et tou·te·s les autres, que s’il était important de savoir prendre une décision, le plus important était d’apprendre à le faire.

« Seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin. » Machin.