Avignon

Cet événement qui revient chaque année réserve toujours son lot de surprises. Il faut nécessairement aller au-delà des clichés pour dépasser la première impression de déjà vu et du « c’est toujours pareil ». Il faut s’y rendre avec des yeux d’enfant et un désir d’ébahissement.
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Média secondaire

Il est parfois des concours de circonstances qui touchent aux évidences. Celui-ci raconte un parcours insolite qui ouvrent des pistes et des portes à l’imprévu. Le festival d’Avignon offre ces possibles et les Ceméa en son sein, ainsi que le centre de jeunes et de séjours accompagnent ce cheminement particulier mais qui se multiplie dans des ensembles collectifs aux quatre coins de la ville.


 

Cemea

 

 

Avignon, le sempiternel refrain qui revient chaque année zoner dans nos zoreilles comme une confiture de lait et d’habitudes, comme un vol de bourdon ou de gerfauts hors du reste de l’année : chaleur, théâtre, mistral, moustiques, foule, autant de clichés qui font amas compact toujours sur le métier qui remet son ouvrage. Avignon festival tout le monde est là ? Alors c’est reparti des gloses et des atermoiements, des agitations oiseuses et des jeux du cirque culturel, c’est reparti des discussions sans fin et des roupillons piqués aux spectacles parce que fatigue et lassitude, c’est reparti des prises de tête et des fêtes, c’est reparti des nuits de fou et d’insomnies. « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant…» d’un leitmotiv récurrent qui me déstabilise et me fiche un vertige de derrière « Une nuit sur le mont Chauve ». Cauchemar plutôt qui présente une vision péjorative d’une manifestation universellement reconnue mais à la réputation teintée d’à-priori vaguement élitistes parce que mal connus. Tableau noirci que ces regards aigris tracent comme une rengaine négative, comme une mise en abyme d’un scénario revisité au sein d’un schéma attendu voire prévisible. Fausse piste, fausse représentation donnée par les yeux du poulailler du boulevard du Temple ou plutôt des clients du comptoir du café du commerce.

Cemea

Avignon c’est toujours pareil, mais ce n’est jamais pareil !

 

Le décor reste, les gens changent et le temps, mais chaque année on change d’année et l’aventure renaît, se perpétue certes et depuis très longtemps mais se renouvelle, se métamorphose, ne s’enkyste jamais. Il est une Énéide pérenne et des Métamorphoses perpétuelles. Chaque année, on recommence et des jeunes avides de « cartes et d’estampes » viennent pointer leur désir de plonger dans le grand bain théâtral d’un « In » in hollyday, dévastateur de représentations et de méfiances. Gare à l’élitisme. Mais au contraire, l’élite c’est le plus grand nombre, tous ceux.toutes celles qui veulent pénétrer un univers trop souvent supposé réservé à certain.e.s. Or, c’est à chacun.e qu’est offert le possible et en relation avec d’autres, poème épique individuel mais épopée collective, tellement suave et si alléchante.

Cemea

Youri, le passe-frontière

Zoom sur Youri justement, arrivé dans un dispositif d’accueil et d’accompagnement des Ceméa comme un enfant dans un jeu de quilles, par le truchement d’un événement inopiné, par le plus grand des hasards dit-on, mais on dit aussi qu’il fait bien les choses le hasard, qu’il se provoque, qu’il se bouscule. Youri, petit bonhomme vif et insaisissable, au bagout désappointant, aux fleurs de mots comme autant de parfums tempétueux, comme autant de réparties qui font mouche, Youri qui savoure le séjour comme un chocolat de chez Lindt ! Focus sur la menthe poivrée de son début d’été. Il est arrivé le premier matin avec dans le regard tous les matins du monde, il est arrivé en ignorant le menu, vierge de toute attente, avide des fruits juteux de l’arbre sans fin, celui du festival, il est arrivé en profane, en territoire inconnu et il a embrassé le paysage, s’est paré du souffle de la nouveauté. Il fallait le voir dans la nuit tiède de juillet au beau milieu de la cour d’honneur du Palais des Papes, juste avant d’apprécier Antigone dans la mise en scène japonaise de Satoshi Miyagi, toute en lenteur, toute en habillage sonore, toute en raucités verbales. Youri était à côté de moi et pas une fois il n’a décroché, pas une fois il n’a montré son impatience, pas une fois il n’a été tenté de prendre la tangente du portable ou du chahut, il a traversé la tragédie en première classe, fort de sa curiosité, de son intérêt pour l’ailleurs avec un esprit passe-frontière au-delà de l’idée qu’on avait osé s’en faire.

Sa première tentative d’acculturation spontanée avait été la bonne, il avait vécu une journée d’accompagnement riche en émotions, une aventure collective au sein d’un groupe de référence d’une quinzaine de jeunes, lu et entendu quelques vers de Sophocle, participé à quelques joutes de gestes et de mots et fait la queue pour rentrer dans l’antre du théâtre au sein de l’écrin d’Avignon. Et Youri n’était pas seul, d’autres personnes ont vécu la même odyssée, Ulysse uniques et ensemble embarqué.e.s au long cours au coeur d’un voyage inestimable et estimé, inoubliable et inoublié.

Ces traversées sont légion en Avignon chaque mois de juillet. Dans chacune des maisons accueillant des groupes, des équipes d’animateur.trice.s ouvrent des passages, offrent des occases, accompagnent sans invasion, proposent des parcours adaptés à chacun.e, et suscitent le dialogue, les échanges au travers d’activités dramatiques, graphiques, sonores et de lecture et d’écriture.