S'attendre à...

Trouver uniquement ce que l’on cherche n’est-il pas incompatible avec l’esprit d’ouverture et d’interrogation que nécessite toute formation ?
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Lorsque j’avais à dix-sept ans, je fis un stage de formation d’animateur. Là, j’entendis parler pour la première fois de réveil individuel et cela me sembla absurde. Comment en collectivité, pouvait-on laisser dormir des enfants autant qu’ils le voulaient ? Dans tous les séjours collectifs que j’avais vécus étant enfant ou ado, il y avait toujours eu une heure de réveil. Je discutai donc fermement cette idée et il fallut me convaincre que ce respect des besoins physiologiques de chacun pouvait exister sans nuire à la vie de groupe. Si je fus intellectuellement d’accord, je doutais et demandai à constater, ce qui me paraissait être un fonctionnement peu réaliste.

Cemea

Je pus découvrir lors de mon stage pratique, fait dans une « colo » qui pratiquait le réveil individuel, que cela est techniquement assez simple à organiser, surtout lorsque l’on est en vacances. Une organisation n’empêchant pas les activités et permettant une vie de groupe plus sereine, mais un choix pédagogique majeur, concernant le rythme de vie des enfants. Cela devint pour moi une évidence.

Les récits que je pourrais faire à ce sujet sont nombreux, que ce soit dans des séjours de vacances maternels, enfants ou ados que j’ai animés et dirigés ou en classe de découverte. Comme Louison, 7 ans, qui se réveillait habituellement autour de 8 heures et qui un jour, dormit jusqu’à midi, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi et sans que cela se renouvelle. Cette possibilité de récupération inhabituelle lui avait peut-être évité un séjour à l’infirmerie ou une journée ombrageuse. Je pourrais multiplier les anecdotes au sujet du réveil individuel en collectivité, des exemples allant toujours dans le sens d’un respect de l’individu et du groupe et d’une amélioration du bien-être de tous.

Cette évidence qu’était devenu le réveil individuel, j’eus aussi la possibilité de la mettre en pratique dans ma vie familiale. Nous habitions un logement de fonction au-dessus de l’école, ce qui permit à un de mes enfants, lors de son entrée en maternelle, d’avoir la possibilité de terminer son cycle de sommeil et de descendre en classe même après 8h30. Cela lui arriva une ou deux fois dans l’année.

La Sérendipité consiste à trouver ce qu’on ne cherche pas. On doit ce mot, dérivé de l’anglais « serendipity » au romancier H. Walpole, qui en 1754, écrivit un conte où trois princes de Serendib (l’actuel Sri-Lanka) partent en mission et ne cessent de trouver des indices, sans rapport apparent avec leur quête et qui pourtant s’avèreront essentiels.

« Trouver ce que l’on ne cherchait pas ». Si mon propos sur le réveil individuel entre dans cette logique, d’autres exemples de sérendipité sont plus illustres : la pénicilline, le nylon, le Post-it, le téflon… nombre de prix Nobel sont aussi nés d’un heureux hasard. La réflexion et l’action peuvent venir du non-attendu, de la rencontre avec des idées réinterrogeant ses évidences et sa réalité.

Actuellement, la multiplicité des avis, du balisage, des recommandations en tout genre et tout domaine amènent insidieusement à éliminer le hasard pour se retrouver systématiquement dans une zone de confort où l’on va « s’attendre à… »

Trouver uniquement ce que l’on cherche n’est-il pas incompatible avec l’esprit d’ouverture et d’interrogation que nécessite toute formation ?


Vers l'Education nouvelle (n° 578, avril 2020)

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