Sortir du quotidien, c’est possible en EHPAD aussi

Situation difficile, résidents confinés, il n’est plus question d’activités collectives, ni de sortir des murs. Et pourtant, il suffit juste de faire venir le dehors à l’intérieur et par le truchement d’un œuf ou d’un objet voyageur, quelque chose de transitionnel, de s’évader.
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Média secondaire

Crédit photo : Jaddy Liu sur Unsplash

 

Au tout départ étaient les idées, puis de la suite dans ses idées, de la pugnacité et puis au fil des contraintes, des écueils rencontrés, les projets, à peine transformés prennent corps. Les résidents de l’EHPAD y adhèrent et s’apprêtent à vivre de belles aventures sans quitter l’établissement, mais en sortant de l’habitude, en ayant de multiples possibles de découverte de l’ici et du lointain.

 

Lors de ma formation BPJEPS loisirs tout public j’ai mis en place, pour ma certification de l’UC1 et 2, un projet couveuse et géocaching mon projet se nommait « Favoriser le lien vers l’extérieur et valoriser l’autonomie ».

Des poussins à domicile

Au début de mon projet je voulais mettre des poules dans le poulailler qui nous possédons à l’EHPAD où je suis animatrice. J’ai donc dû mettre en place une enquête pour recueillir l’avis des employés ainsi que des bénévoles pour savoir si cela les intéressait et s’ils souhaitaient s’investir dans ce projet.

Pour ce faire j’ai réalisé un questionnaire avec des questions fermées tels que « pensez-vous que ce projet ait un intérêt ? » ou encore « souhaitez-vous vous impliquer dans ce projet ? ». Ce questionnaire n’a pas été très concluant car les employés n’avaient pas envie d’avoir des poules dans le poulailler en permanence.

J’ai donc dû ajuster mon projet et monter un projet couveuse où les poussins resteraient seulement 6 semaines dans l’EHPAD. J’ai également demandé l’avis des résidents pour savoir si ce projet avait toute leur attention et suscitait leur intérêt. Ils ont tout de suite été emballés, il faut dire que beaucoup d’entre eux avaient possédé auparavant un poulailler.

Pour réaliser ce projet j’ai dû récolter des fonds, avec l’aide des résidents, nous avons réalisé un atelier cuisine tous les mercredis du mois de décembre afin de proposer les gâteaux lors d’un petit marché de noël installé dans le hall de la maison de retraite tous les vendredis (vente de gâteaux, tricots, paniers en osier, confectionnés par les résidents).

Avec les fonds récoltés j’ai pu acheter le matériel nécessaire (une couveuse, une éleveuse électrique, une ampoule chauffante et des graines spéciales pour poussins). Pour réaliser mon projet couveuse j’avais besoin d’œufs fécondés, j’ai donc dû en trouver. J’ai décidé d’installer 10 œufs dans la couveuse pour avoir plus de chance d’avoir des poussins.

Une fois le matériel réuni j’ai préparé les résidents à ce qui allait se passer lors des prochaines semaines. Pendant 21 jours les poussins devront rester dans la couveuse et être retournés deux fois par jour. La semaine j’allais retourner les œufs avec les résidents qui n’étaient pas assez autonomes et le week-end j’ai demandé à des résidents qui l’étaient et qui arrivaient à se déplacer seuls de retourner les œufs.

Je me suis rendu compte après quelque temps que les résidents de l’EHPAD n’étaient plus assez autonomes pour réaliser cette tâche ‘en apparence simple), la charge étant trop lourde. J’ai donc demandé à des collègues si elles pouvaient retourner les œufs le week-end.

Après 21 jours, les œufs ont éclos. Sur 10 œufs seulement deux poussins sont sortis de leur coquille. Les résidents étaient très heureux de voir cette naissance. Nous les avons baptisés Alex et Eve. Tous les jours avec les résidents nous allions donner à manger et à boire aux poussins.

J’ai constaté que ce projet a été très bénéfique pour les résidents car le fait d’avoir les poussins dans la salle d’animation invitaient les résidents à sortir de leur chambre pour venir les voir.

Mais également pour les personnes présentant des démences ou des troubles cognitifs j’ai pu constater les bienfaits de la présence d’Alex et Eve, j’emmenais ces résidents voir les poussins, notamment lorsque ceux-ci étaient stressés ou agités, le fait de voir les poussins les calmait et provoquait une réminiscence chez eux.

Une autre activité : le géocaching

En ce qui concerne le géocaching, ce projet m’est venu par l’intervention d’un membre des CEMEA qui nous a fait vivre une sensibilisation à cette activité. Le géocaching est une sorte de chasse au trésor géante où les joueurs dissimulent des boîtes dans le monde entier que l’on doit retrouver grâce à des coordonnés GPS recensées sur l’application géocaching. J’ai donc décidé de mettre en place le géocaching à la maison de retraite avec les résidents.

Cemea

J’ai acheté des objets voyageurs qui auront pour but de voyager de boîte en boîte pour atteindre le but fixé par les résidents. Et tout cela virtuellement, depuis l’EHPAD. Par la suite j’ai formé des groupes avec les résidents qui souhaitaient participer à cette activité à qui j’ai demandé où ils voulaient que leur objet voyageur aille. Les résidents faisaient des plans sur la comète et imaginaient parcourir le monde, des pays dans lesquels ils s’étaient rendus à d’autres qu’ils auraient bien aimé découvrir. 

Ce fut une aventure merveilleuse. Les personnes âgées se sont prises au jeu malgré la barrière supposée du numérique. Pour faciliter le dialogue avec les résidents nous avons nommé ce jeu «  les lutins voyageurs » car les bénévoles nous avaient confectionné des lutins comme porte clé pour accrocher à notre objet voyageur. Puis j’ai caché les lutins en Haute Saône et dans les Vosges pour ensuite voir leur parcours avec l’application géocaching.

Cette activité a permis aux résidents de développer leurs envies de découvrir d’autres pays et de pouvoir voyager d’une manière immobile grâce à cette activité tout en restant dans la structure.

 

Crédit photo : PICNIC-Foto-Soest sur Pixabay