LA MÉDIATHÈQUE ÉDUC’ACTIVE DES CEMÉA

Accueillir, verbe d’importance

La notion d’accueil est omniprésente dans nos journées, dans de nombreux espaces. Elle a une importance considérable sur l’idée qu’on se fait de l’endroit où on pénètre et du bon déroulement, du rendez-vous, de la rencontre ou de la manifestation à laquelle on va participer.
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Média secondaire

Cette notion primordiale, lorsqu’il s’agit de la décliner lors d’événements particuliers c’est souvent là que le bât blesse. Force est de constater qu’à Namur lors des Rencontres de l’Éducation Nouvelle, il n’a occasionné aucune blessure. Loin de là, l’équipe des CEMÉA Belgique qui s’est mobilisée pour en assurer le fonctionnement, l’organisation, y a montré une grande maîtrise. Une longue préparation, des discussions acharnées, quelques prises de bec et désaccords, vite balayés ont conduit l’ensemble des membres à être prêt·e·s le jour J, à l’heure H. Une démonstration éloquente qu’une fonction essentielle dans un événement où il y a du monde ne s’improvise pas et demande une longue maturation et une grande précision dans les détails.

Cemea

Accueillir façon Wépion (1)

Je me souviens, c’était aujourd’hui.

 

Prévert (2) aurait dit :

J’en entends une qui dit : «  il y a sept personnes qui vont arriver »

une autre qui dit : « les voilà, il y en a quinze »

une autre encore : « ça va barder alors »

j’en entends un qui dit « c’est à quel sujet ? » puis « eh les filles vous faites quoi ? » et puis qui dit « va bene »

j’en entends qui disent : « bonjour, bienvenue », « c’est par là on va vous accueillir », « si vous le souhaitez vous pouvez... », « les toilettes c’est au - 1 », « nous on est là jusqu’à 23h », « tu es au – 2 du -2, je vais t’expliquer »

j’en entends un qui dit : « si vous voulez prendre un goûter ! » et une « moi c’est... »

j’en vois une qui traverse la salle, une qui prend son temps

j’en vois un qui saute avec un classeur, une avec un chapeau de paille

j’en vois une avec un plateau, une qui dit pomme/fraise c’est délicieux

j’en vois une avec son ordi qui dort dans ses bras comme un bébé

Cemea

j’en vois un qui tient un rehausseur et une qui plonge sa main dans le bocal à crocodiles

j’en entends une qui dit pomme/poire aussi c’est pas mal

j’en entends une qui dit bonjour et qui répond bonjour

j’en vois un qui surligne en jaune un nom sur une liste

j’en vois qui se retrouvent

j’en vois un qui dit : « il y en a 64, mais on a oublié de cocher où on en était »

j’en vois un qui fait sa gym

j’en vois deux qui s’embrassent

j’en vois des qui sont déjà là et qui aiment se faire accueillir à nouveau

j’en vois une qui affiche des textes

j’en vois un qui s’empare d’un badge

j’en entends une qui dit : « les trucs pratico-pratiques on peut »

une autre qui dit : « je le note » puis « sinon c’est buffet » et encore « je repréciserai s’il y a besoin »

un encore qui dit : « il est passé où mon ami »

Ils, elles (dans les tee-shirts bleus) attendent celles et ceux qui arrivent, ils, elles ce sont les ouvrier·ères du chantier de l’accueil des Rencontres de l’Éducation Nouvelle, mais ce pourrait être dans n’importe quelle manifestation organisée par les Ceméa tant la notion d’accueil est une marque de fabrique du mouvement.

Toute l’attention dans un geste, une geste de mouvements, de paroles, de regards, comme quelque chose qui se noue, l’orée d’un bout de chemin à parcourir ensemble.

Cemea

Le calme avant la tempête

Une symphonie humaine et collective se compose en direct, et s’enrichit chaque seconde, les je un à un s’ajoutent et font un nous commun dans une marée qui afflue puis se retire.
La réussite de la suite dépend avant tout des intentions et des conditions de l’accueil. C’est comme pour un iceberg, la qualité de ce qui se voit vient de loin, de l’ombre du labeur, tout se joue à de tout petits détails…la préparation ne date pas d’hier et a commencé il y a un an.

Georges Pérec (3) aurait écrit :

On a laissé les valises en bas

sur la banque d’accueil : bonbons, caramels, endives et ...artichauts. Tout le monde est prêt pour la vague d’arrivées…

un peu plus loin un vidéo-maton pour ceux qui désirent se faire tirer le portrait , un coin BD, un coin repos, des revues, des bouquins, plus loin encore des jeux de société et un bar où des rafraîchissements et des pâtisseries à grignoter attendent le chaland.

C’est une ruche familière, familiale, aux abeilles bleu roi. Pour chaque chose il y a quelqu’un·e, à chaque question une réponse est trouvée…

Joie de se retrouver, nostalgie, souvenirs...

Il y a un savant tissage de retenue et d’attentions apportées à l’autre, à ce qui ou elle est, sans savoir qui il ou elle est.

Les gens arrivent, cherchent où aller, il y a des groupes, des parents, des enfants, des personnes seules, les déjà arrivé·e·s vaquent, lisent, devisent...et puis tout ce calme à nouveau. Il s’agissait d’une vaguelette. Accalmie.

il ne se passe rien et c’est pour cela justement qu’il peut se passer, qu’il se passe, des tas de choses

L’atmosphère est détendue, les explications succèdent aux explications.

Connaissances, inconnu·e·s, ami·e·s se côtoient, se croisent se frôlent parfois sans se saluer, mais c’est le même monde, relié·e·s par l’alchimie complexe, la mécanique huilée de la notion d’accueil.

Cemea

Les prémices de ce qui va suivre sont nées, sont vivantes.

 

Certain·e·s sont déjà à l’aise, en pays de connaissance, pour d’autres c’est une première fois et comme toutes les premières fois il y a de l’appréhension, il s’agit de la percevoir et imperceptiblement de l’apaiser sans tapages.

L’agence touristes, c’est le nom que l’équipe des Ceméa belges responsable de l’accueil s’est donné et l’agence touristes assure ! Une dose d’humour relève le goût du savoir recevoir.

Accueillir c’est parfois rêver, donner l’impression d’être ailleurs, de s’évader et soudain revenir à soi pour cueillir à la volée une demande tacite qui surgit de nulle part.

Accueillir c’est l’aboutissement de longues heures de désaccords, de joutes orales acharnées pour savoir si, en plus de mettre sur chaque lit un sachet de friandises, délicate attention sucrée, on fait les lits ou pas, c’est sans crier gare parvenir au jour J alors qu’on aimerait tant avoir encore du temps.

Accueillir c’est permettre la certitude de commencer un événement en pleine confiance.

Accueillir c’est accepter qu’on ne peut jamais prévoir même si on a tout prévu, l’accueil est un cristal fragile, une sculpture, une machine aux rouages de verre.

Accueillir c’est ne pas laisser le sable la rayer, l’enrayer.

Accueillir c’est accepter les blancs, le silence, la tranquillité, mais jamais le vide, jamais.

Accueillir c’est se dire qu’ il y a toujours un rien qui bourdonne, un fil ténu qui maintient la réalité de l’hospitalité.

Accueillir c’est veiller à un aménagement aux p’tits oignons.

C’est le fruit d’un travail de longue haleine, l’imprévu n’a qu’à bien se tenir. Deux heures passent et rien en apparence n’a changé et pourtant le nombre de personnes dans la maison a doublé. La discrétion est de rigueur, il y a comme un géocaching de sentiments, et soudain « Catherine, y’a plein de gens qui arrivent ».

« Pas de problèmes, on est prêts ! » disent à l’unisson du regard les membres de l’équipe d’accueil. La notion d’accueil est une huile essentielle, une herbe nourrissant ce qui va se passer ensuite. Les silences cessent et viennent des buissons de mots, l’air s’emplit de murmures et du sel des sonorités qui l’enchantent.. On ne distingue pas ce qui se dit, mais il se dit de l’important, c’est sûr !

Instants d’accueil qui s’étirent, s’échelonnent, se savourent : purs joyaux qu’il faut polir puis qui seront sertis.

L’équipe d’accueil est discrète, mais tellement nécessaire, et tellement veille au bien-être des arrivant·e·s ; elle montre, elle indique, elle est sollicitée et tout se passe dans une quiétude surprenante et sans panique… Disponible et prévenante l’équipe d’accueil d’outre-Quiévrain a réussi l’ouverture.

 

 

 

 

1 Wépion : commune de Belgique, proche de Namur

2 Poète, dialoguiste et scénariste français

3 Écrivain français auteur entre autres de « la vie mode d’emploi » et de « l’infraordinaire »