Assurer la sécurité

La sécurité est un ensemble global et complexe, qui demande aux animateurs une attention de tous les instants et des compétences multiples.
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Après des précisions sur les sources des différents types de textes qui réglementent la sécurité, l’article rappelle que cette notion est globale et demande de l’écoute et de la mise en relation. En s’appuyant sur des situations concrètes, le texte développe cette complexité liée aux réalités des individus, à l’activité, au fonctionnement, à la législation… devant être pris en compte et gérés par les animateurs et les animatrices. L’article amène également à s’interroger sur le risque. La sécurité n’est pas l’absence de risque et il n’y a pas de sécurité sans conscience du danger.


La sécurité est un ensemble global et complexe, qui demande aux animateurs une attention de tous tes instants et des compétences multiples. Le respect delà législation et des consignes de sécurité nécessite la prise en compte de plusieurs sources d'informations. Les textes de référence spécifiques aux CVL sont établis par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Les autres textes de portée générale s'appliquent également Ils fixent le cadre dans lequel se déroule le centre de vacances et les régies concernant l’encadrement, l'hébergement, l'alimentation, la pratique des activités... Chaque année, l'inspecteur département de la Jeunesse et des Sports établit des instructions pour son département. Elles sont parfois plus restrictives que la législation nationale, car elles s'appuient sur des réalités locales. Les maires peuvent également prendre des arrêtés municipaux concernant la sécurité. Le directeur du centre de vacances peut enfin donner des consignes particulières en fonction d’éventuels dangers spécifiques.

Les animateurs doivent donc être à l’écoute, se renseigner et se méfier des généralisations. « Ce n'est pas parce que je pouvais faire du feu en camping dans telle région, que J'en ai le droit et peux le faire sans danger partout. »

Lors de la préparation du séjour et durant les réunions, le directeur donne des consignes précises concernant les activités pratiquées et la vie du centre. Les animateurs ne doivent pas hésiter à les faire préciser ou même à les solliciter : « Est-ce que j'ai le droit de faire cela ? Est-ce que je peux le faire sans danger même si c'est autorisé par la loi ?» En cas de doute, une seule solution s'impose: s'abstenir jusqu'à ce que toute ambiguïté soit levée. Connaitre et s'informer sur la sécurité et la législation doit être un état d'esprit permanent.

Etre à l'écoute et mettre en relation

Mais la compétence des animateurs en matière de sécurité est plus globale. La connaissance qu'ils ont du groupe et des enfants leur permet de prendre en compte des éléments que ne peut définir la législation. Ce n'est pas parce que les règles de sécurité définies par la loi sont respectées, que certains enfants ne risquent pas de se trouver en difficulté affective ou physique.

«Le groupe d'ados dont fait partie Pierre doit pratiquer la randonnée et l'escalade avec un guide de montagne. Bien qu'il soit partant pour ce projet, il est un peu angoissé, car il se sait parfois sujet au vertige. Les relations de confiance qu'il a avec ses animateurs l'ont incité à leur parler de cette situation. Ensemble, ils ont discuté, évoqué les difficultés qu'eux-mêmes avaient pu rencontrer dans d'autres types de situations, de la force et de la faiblesse de chacun. Ils ont convenu avec Pierre, de stratégies afin qu'il se sente au maximum en sécurité.

Pendant la randonnée, et lors des séances d'escalade, ils ont su être présents et disponibles, sans ostentation, ni surprotection. » Le rôle des animateurs n'a pas porté sur la sécurité physique, qui relevait de la compétence du guide. Mais les liens de confiance qu'ils ont su établir avec l'adolescent et leur présence, l'ont aidé à dépasser son appréhension de l'activité et à s'y sentir davantage en sécurité.

«Dans ce centre de vacances maternel, il est prévu une nuit de camping pour les enfants. Les animateurs commencent à préparer l'activité, avec leur groupe. Ils expliquent, racontent, montent une tente, pour familiariser avec ce lieu de couchage différent. Le matériel est présenté, duvets, sacs à dos, réchauds... Mais, les animateurs ne "sentent" pas les enfants. Malgré leur excitation liée aux préparatifs, les petits semblent inquiets et peu désireux de passer toute une nuit sous cette maison de toile.

Leur attitude, les questions qu'ils posent, certaines réflexions..., interrogent les animateurs. Le soir, en réunion, ils évoquent le problème. Ils parlent des réactions des enfants, des détails qui leur semblent traduire inquiétude et insécurité. Ils évoquent également la fatigue de certains petits, quelques manifestations de toux qui commencent à apparaitre. Au cours de leur réflexion, ils s'interrogent sur la pertinence de camper avec de si jeunes enfants.

Finalement, en accord avec la direction, ils prendront la décision de transformer l’activité. Ils ont supprimé le couchage de nuit, mais ont laissé une tente montée dans le centre pour s'y reposer ou lire, lors des activités calmes.» La connaissance des enfants, qu'avaient les animateurs, les a amenés à percevoir leur sentiment d'insécurité. Le fait de vivre avec eux leur a également permis de sentir la fatigue, de remarquer des débuts de toux. Nous nous situons ici dans une logique de prévention et de sante. Mais le rôle des animateurs en matière de sécurité est aussi de faire en sorte que les enfants se sentent à l'aise, soient en forme et ne tombent pas malades.

La sécurité n'est pas l'absence de risques

Nous nous trouvons actuellement face à un paradoxe. L'évolution de la société amène à la recherche du risque zéro. Mais éduquer c'est accepter de prendre des risques. Un enfant qui apprend à marcher tombe. Pourrions-nous imaginer l'apprentissage de la marche avec un enfant en permanence tenu afin d'éviter les chutes? Comment pourrait-il créer ses repères moteurs ? Peut-on grandir et s'émanciper sans prendre aucun risque ? Qu'aurions-nous dit, si nos parents nous avaient systématiquement accompagnés au collège en nous tenant par la main pour éviter le danger ? Pourtant marcher seul dans la rue, comporte potentiellement des risques. Le rôle de l'éducateur est d'éviter le danger direct et d'apprendre à maitriser les risques liés à toute situation. Prenons le cas d'un enfant qui apprend à faire du vélo. Lorsqu'il fera ses premiers tours de roue, ce sera dans un lieu sans obstacles et sans véhicules. Je l'empêcherai d'aller sur une route ou il y a de la circulation tant qu'il n’est pas capable de maitriser parfaitement son équilibre, ses déplacements et l'ensemble des contraintes liées à la présence de voitures. Mon rôle sera d'éviter le danger. Lorsqu'il sera suffisamment autonome je l'emmènerai avec moi sur la route, pour qu'il perçoive la situation et apprenne à la vivre dans les meilleures conditions de sécurité. Puis, je lui permettrai de réaliser seul des trajets identifiés comme étant plus sécurisés. Et progressivement son périmètre s'agrandira. Dans toute cette démarche, mon rôle sera d'aider l‘enfant à appréhender et apprendre à maitriser les risques liés a l'activité. Mais si les risques sont maîtrisés, ils ne sont pas supprimés. Je peux éviter qu'il roule dans des endroits dangereux, mais je ne peux pas éviter qu'il tombe. Ce danger intrinsèque fait même partie de l'intérêt que porte l'enfant à l'activité. Faire du vélo est assimilé à l'action de devenir grand car c'est une activité qui permet d'être davantage autonome dans les déplacements, mais aussi de maîtriser un danger potentiel.

Connaitre et s'informer, un état d'esprit permanent

La tendance actuelle au tout sécurité met les animateurs et intervenants face à un problème certain. D'un côté, on demande au centre de vacances de pratiquer de plus en plus d'activités et d'amener les enfants à être autonomes et responsables. De l'autre, tout risque même le plus minime doit être écarté. Cette situation est en train de modifier les comportements. Un intervenant en spéléologie me disait qu'il y a quelques années, il laissait les enfants se débrouiller face à un petit ressaut d'un mètre cinquante. Aujourd'hui, il leur donne la main, car s'ils glissaient, ils pourraient s'écorcher les genoux. Certains organisateurs inscrivent des enfants avec comme clause l'assurance que quel que soit l'endroit, un animateur sera toujours présent. Mais cette dérive se heurte au principe de réalité et à moins de supprimer toutes les activités ou de les vider de leur sens, on ne pourra pas supprimer la notion de risque maitrisé. En courant, on risque de tomber, en se promenant ou en jouant dans la forêt, on risque de se blesser avec une branche... La question actuelle concernant la sécurité n'en demeure pas moins un problème de société qui mérite réflexion et devra trouver des réponses cohérentes et réalistes. La sécurité est un vaste ensemble dans lequel les animateurs doivent faire preuve de compétences multiples : s'informer et connaître la législation et les règles de sécurité, appréhender les situations, éviter le danger, être à l'écoute des enfants et les amener à maitriser les risques inhérents à toute activité.

Faire vivre l'aventure sans la vivre soi-même

Dans les préoccupations de l'éducateur, la sécurité est non seulement intégrée comme une condition d'action mais doit également faire l'objet d'apprentissages réfléchis. Dans le champ éducatif, les centres de vacances et de loisirs sont le terrain de découvertes multiples et offrent l'occasion privilégiée d'une véritable éducation au risque. En particulier, la pratique d'activités physiques de pleine nature, permet aux enfants et aux jeunes de dominer leurs émotions, de maitriser leurs conduites motrices par des réponses adaptées aux sollicitations les plus variées. Cela s'éprouve par des expériences diverses, répétées et analysées.


Pas de sécurité sans conscience du danger

Se fier à ses réactions spontanées dans des situations délicates est souvent une réponse inadaptée, il est bon d'en faire l'expérience, en toute sécurité. Ainsi, convient-il de distinguer le risque objectif du risque subjectif. Se contenter du sentiment de sécurité ne suffit pas.

- Sur une rivière, un passage d'apparence anodine ou un rocher peut bloquer la progression en provoquant une «cravate» représente un danger plus réel qu'une chute impressionnante suivie d'un bassin de récupération large et sans obstacle.

- Une paroi rocheuse facile d'accès d'où se détachent des petites pierres est plus dangereuse qu'une grande «verticale» abordée avec des techniques d'assurage bien maitrisées. Cet apprentissage du danger, de la connaissance de soi-même et des autres, constitue la meilleure des «assurances». Nous revendiquons des activités bien conduites, par des animateurs compétents et connaissant bien le public. Cette exigence constitue une garantie plus solide que la tentation de complexifier la réglementation des centres de vacances et de loisirs, qui gagne de nombreux secteurs de l'activité humaine. Cela pourrait conduire à porter atteinte à la spécificité de l'action éducative voire entretenir une illusion coupable. Et la question serait alors : «Qui veut-on rassurer ?»


Cet article est issu de la revue Les Cahiers de l'Animation Vacances - loisirs

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