LA MÉDIATHÈQUE ÉDUC’ACTIVE DES CEMÉA

Vous avez dit : « bonnes pratiques » ?

Que celui qui serait opposé à une seule bonne pratique lève la main ? Pas un n’osera, j’en suis sûr. Et pourtant, ça ne passe pas, ça ne passe plus. Pourquoi ?
Média secondaire

Vous avez dit : « bonnes pratiques » ?

La raison ne tient pas à l’idée même de bonne pratique, qui n’est après tout qu’une façon de fixer, pour soi-même ou pour autrui, une exigence ou un projet suffisamment bon, du moins reconnu comme tel. Elle n’est pas non plus que subjective ou psychologique, ou liée à des résistances culturelles ou corporatives des acteurs de terrain à toute modernisation. Ce dernier argument est pourtant souvent repris, notamment dans le champ éducatif ou scolaire pour expliquer les difficultés rencontrées par les « bonnes réformes », mais il reste très insuffisant et surtout très idéologique. Pour découvrir les ressorts de ce rejet, en évitant ces facilités, il faut plutôt aller voir du côté des usages qui sont faits aujourd’hui de cette norme d’action collective au départ assez banale, dans un contexte historique précis, et des modes de légitimation qui nous sont imposés par les scribes de la nouvelle régulation du travail prescrit. 

Nous sommes en effet au cœur d’un triple changement de référentiel dans les conceptions tout à la fois de l’action publique, de l’action professionnelle et de la place des dits « usagers » (ci-devant citoyens ou ayants droit), dont le recours rhétorique aux bonnes pratiques fait symptôme. Le néolibéralisme triomphe, y compris dans les pays sous gouvernement socio-démocrate, comme l’est la France d’aujourd’hui. La colonisation par les valeurs de la concurrence, par la croyance dans le « divin marché », libre et non faussé, par la célébration médiatique des winners et le rejet organisé et assumé des losers, est fractale, se reproduisant à l’identique à tous les niveaux de l’organisation du monde : aux niveaux mondial, européen, puis national et local, sans oublier dans les microsociétés que constituent désormais nos activités, uniment considérées comme des entreprises et parfois même rebaptisées sociales pour enfoncer le clou.

Cette rationalisation par le haut qui fait tache d’huile s’observe spécialement, mais avec des degrés de réalisation différents, car il y a bien sûr des résistances chez les acteurs et au travers des mouvements sociaux, dans l’Éducation nationale, l’action sociale, le soin, la justice ou encore l’éducation populaire.

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