LA MÉDIATHÈQUE ÉDUC’ACTIVE DES CEMÉA

Apparences

Il y a parfois un décalage entre l'image que renvoie un exercice scolaire et la réelle notion d'apprentissage.
Média secondaire

Si vous regardez des cahiers d’écoliers datant d’il y a quelques dizaines d’années, vous y trouverez des dictées particulièrement complexes, qui seraient impensables dans le contexte actuel. Une évidence, que d’aucuns mettent à profit pour affirmer que le niveau baisse et que les élèves d’aujourd’hui ne savent plus ni l’orthographe, ni bien d’autres choses, dites « fondamentales ».

Cemea

En retrouvant mes affaires d’école primaire, je n’ai pu que constater, qu’effectivement les dictées apparaissant sur mes cahiers étaient d’un niveau orthographique élevé. Et voir avec « fierté », que je me débrouillais plutôt bien et ne faisais que très peu de « fautes » lors de ces dictées hebdomadaires. Mais il faut se méfier des évidences trop apparentes, qui ont tendance à embellir et sublimer une réalité, car en fouillant dans des documents de la même époque, j’ai aussi trouvé des cartes postales rédigées sans « l’imprimatur » parentale ou des petits textes que je m’amusais à écrire, hors de l’environnement scolaire. Et là, question orthographe, c’était tout autre chose… Mes interprétations, quant à l’écriture et l’accord des mots, n’avaient rien à envier à celles des écoliers actuels. Il y a un décalage entre un exercice, que l’on fait dans le cadre particulier qu’est celui de l’école, et son réinvestissement dans d’autres circonstances. Dans le même registre scolaire, j’ai « su » les noms de tous les affluents des fleuves français. Nous devions les restituer sur une carte muette, que la maîtresse tamponnait sur nos cahiers. J’ai oublié ces noms à la vitesse de l’éclair, dès que l’interrogation écrite a été terminée, sauf deux ou trois, qui me rappelaient des vacances ou dont je trouvais le nom rigolo.

Ce déballage de souvenirs et d’archives nous renvoie à la notion de savoir, d’apprentissage et d’évaluation. Le savoir éphémère est-il un leurre ou contribue-t-il malgré tout à une globalité d’apprentissage ? L’école doit-elle donner une apparence de savoir : « l’évaluation sur le pluriel des mots a été réussie, je peux donc cocher la case acquis sur le bulletin », ou installer l’enfant dans une logique d’apprentissages de long terme, plus difficilement évaluables au quotidien ?

L’apparence transforme notre représentation et nos démarches pour tenter de les mettre en adéquation avec une réalité imaginée. Or, construire nécessite de prendre en compte le réel. Gisèle De Failly, cofondatrice des Ceméa, affirmait en 1957 : « Notre action est menée en contact étroit avec la réalité. », un principe d’Education nouvelle fondamental pour permettre le développement d’un individu.

Cette petite chronique a mis en lumière le décalage entre la réalité des compétences et l’image scolaire que l’on pouvait en avoir. Un décalage qui ne date pas d’hier et remet en cause les poncifs sur la prétendue déchéance des savoirs. Les enfants d’aujourd’hui ne savent pas moins de choses que ceux d’hier, ils savent des choses différentes.

Un décalage qui influe aussi sur les démarches pédagogiques et les apprentissages. Alors, méfions-nous des apparences…


Vers l'Education Nouvelle (n° 582, avril 2021)