LA MÉDIATHÈQUE ÉDUC’ACTIVE DES CEMÉA

Délégation

Quand les adultes n’ont pas le temps ou se sentent en difficulté avec les enfants, ils peuvent être tentés par le chant des sirènes de la délégation. Mais déléguer peut aussi être porteur de valeurs pédagogiques.
Média secondaire

« Ne remets jamais à demain ce que tu peux faire faire à quelqu’un d’autre aujourd’hui. » s'amusait Mark Twain. 

Déléguer est souvent tourné en dérision. Mais quand il s’agit d’éducation, loin de la caricature, cette forme de refuge peut être révélatrice d’un véritable mal-être : sentiment de se sentir débordé, peur de mal faire et d’apporter du désagrément à l’enfant… 

Dans la société actuelle, les difficultés des adultes pour se positionner et agir en conséquence sont souvent amplifiées par l’importance donnée à l’image. « Que vont penser les autres ? » La mise en avant de situations factices ou idylliques sur les réseaux sociaux où des gens affichent une forme de perfection sans conflits et sans difficultés renforce ce sentiment de ne pas être à la hauteur de ce qui est attendu. 

« Votre enfant a des devoirs longs, parfois complexes et vous n’avez pas le temps, l’envie ou vous vous sentez dépassé. Il fait des colères, a peur du noir, ne veut pas ranger sa chambre, est jaloux… Les enfants dont vous vous occupez ne disputent, n’obéissent pas… » On trouve toutes sortes de possibilités de délégation avec des solutions adaptées et bien souvent monnayables ! Livres, fiches, objets, matériel spécifique, coachs, services à domicile ou sur internet … sont là pour apporter aux enfants une aide afin de surmonter ces difficultés. Une aide qui permet aux adultes de pouvoir se mettre en retrait, mais qui vient insidieusement remplacer leurs prises de position. « Le livre a dit qu’il ne faut pas faire ça… La musique du téléphone a dit qu’il faut se brosser les dents… » Parfois dans le discours l’objet prend même le pas, sous-entendant que l’adulte, qu’il soit en situation d’enseignement, d’animation ou parent, n’est lui aussi qu’un exécutant.

Pourtant, déléguer n’est donc pas un « gros mot »

« Quand j’ai commencé à faire classe, je distribuais les cahiers aux élèves, comme je l’avais toujours vu faire. » Raconte un enseignant. « Puis je me suis rendu compte, que si je déléguais cette tâche à des enfants, ils étaient contents, appréciaient la responsabilité, se trouvaient en situation de lecture, devaient se repérer et s’organiser… et cela me laissait du temps à consacrer aux autres. » 

Cet exemple se situe dans une gestion pratique, mais le fait de déléguer dépasse ce simple registre et peut aussi relever d’un véritable apprentissage de la démocratie. Déléguer dans le cadre d’activités ou de gestion de groupe, c’est mettre les enfants en situation de devoir représenter la pensée, l’avis ou les actions des autres. Une situation dans laquelle l’adulte doit lui aussi apprendre à leur faire confiance. 

Et si nous redonnions à la délégation son intérêt éducatif ?

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