Enfants en vacances à la ferme

Partir en vacances à la ferme, n’est pas seulement un mode d’hébergement particulier ou des activités spécifiques. Cette situation est beaucoup plus globale. Elle amène les enfants à découvrir et vivre une réalité liée aux besoins fondamentaux des humains depuis des millénaires.
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L’agriculture nous nourrit. On parle peu de ces séjours qui pourtant représentent des situations d’une grande richesse éducative. Ils permettent aux enfants et aux jeunes une rencontre avec le vivant, qu’il soit humain, animal ou végétal, de vivre et d’agir au quotidien dans cet environnement agricole. Au-delà des représentations et des images, avoir « les pieds sur terre » et par là même de s’interroger, entre passé, présent et avenir, sur nos modes de vie : alimentation, environnement, consommation… Les vacances à la ferme peuvent regrouper des situations très diverses, entre des enfants en séjour chez des agriculteurs, des accueils de groupes ou de particuliers à la journée, des centres de vacances collectives… Ce cahier central évoque ces différentes réalités et leurs enjeux en termes d’activités, de formation et de lien social.
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Une approche éducative

 

Redonner du sens à l’autre et à son travail, réfléchir au rapport différent au temps et à la vie, savoir relativiser les situations, créer du lien entre les hommes et leurs actions, s’organiser, se projeter. Les vacances à la ferme sont un terrain propice, comme le dit une agricultrice, « pour faire grandir les enfants ». Mais le milieu n’est pas une condition suffisante, il faut qu’une réflexion éducative soit liée aux activités proposées. Il ne suffit pas de mettre des enfants dans une ferme pour que la « magie » opère. Un accompagnement pédagogique est nécessaire et conditionne l’approche qu’ils auront de leur environnement et des enjeux qui y sont liés. Les situations mises en place ne sont pas neutres et n’ont pas le même impact éducatif. Des groupes d’enfants « consommant » de la ferme et faisant semblant d’aider en donnant à tour de rôle et pour la photo un peu de grains aux poules ou un coup de brosse de quelques secondes à un animal, relève d’une approche. Permettre à des enfants de s’imprégner de la vie de la ferme et du rapport à l’animal, se situe sur une toute autre logique pédagogique, qui est celle que nous exposons dans ce cahier. S’approprier le milieu et en comprendre les enjeux en se situant dans une démarche active en partageant le quotidien de la vie de la ferme et en créant des relations homme, animal, nature.

"Agricultrice en Haute- Loire, j’accueille avec mon mari, depuis plus de dix ans, une douzaine d’enfants répartis sur les vacances scolaires d’été. Ces jeunes partagent notre vie de famille et découvrent notre métier. Ils viennent le plus souvent de la ville et sont âgés de plus de six ans ; des récidivistes en ont bientôt seize et dix-sept… Vacances pour nous riment avec repos-sommeil. Aussi, il nous semble important d’offrir à ces enfants la possibilité de « récupérer »la fatigue accumulée par une année scolaire, en dormant tard le matin. Il en découle un lever individuel, si le compagnon de chambrée a su respecter l’autre et son sommeil ! La plupart des enfants se lève vers 8 h 30 / 9 h, heure à laquelle nous « cassons la croûte » et ainsi nous déjeunons ensemble. Mais souvent, la table de cuisine reste « embarrassée » du petit-déjeuner, car certains se lèvent plus tard. Je réveille toutefois les enfants à 11 h 30 pour qu’ils conservent un rythme jour-nuit semblable au notre, pour pouvoir participer aux activités de la ferme. D’autre, surtout les premiers jours du séjour, se lèvent tôt car ils n’ont pas perdu le rythme de l’école et souvent nos petits citadins sont réveillés par le calme de notre campagne. Mais il suffit de quelques jours et d’un peu d’activité… En ce qui concerne le coucher, je demande aux plus petits (6 à 9/10 ans) d’être dans leur lit à 22 h avec un livre, mais souvent le sommeil arrive vitre après une journée de plein-air et d’activités ! Quant aux ados, ils ont la permission de rejoindre copains et copines du village pour passer ensemble les belles soirées d’été, si nombreuses cette année ! Mais il faut rentrer à 23 h maximum pour conserver un rythme de vie conforme au notre et une nuit de repos suffisamment longue. Quant à la période de « temps calme » de début d’après-midi, elle n’est pas systématique et obligatoire chez nous. Je la recommande plus particulièrement les jours de forte chaleur, les lendemains de fête ou le coucher a été bien plus tardif et pour les plus jeunes qui ont du mal à « tenir » le rythme endiablé de nos journées d’activités à la ferme."

Marie-Dominique Breuil Témoignage rédigé dans le cadre de sa formation BAFA

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Séjours à la ferme

 

Lorsque nous arrivons à la ferme, deux enfants sont assis à l’ombre des grands arbres. Ils sont en train de bricoler. Michèle, l’exploitante agricole, nous rejoint et la discussion s’engage entre tous. Max et Sylvain nous expliquent qu’ils sont en vacances ici depuis une semaine. Visiblement, des relations se sont créées entre eux. L’un va partir dans deux jours, l’autre restera un peu plus long-temps.

Ils nous parlent de leur famille, de l’endroit où ils habitent, de ce qu’ils font à la ferme et de ce qu’ils feront pour la suite de leurs vacances. Tout en parlant, ils continuent leur bricolage. Des petits chats sont sous la table, où ils se sont venus se mettre à l’abri du soleil. Sylvain propose d’aller chercher à boire pour tout le monde, puis revient avec de l’eau et du jus de fruit.

Les deux enfants nous font ensuite visiter la ferme. Max prend un des chatons qui était sous la table et le met dans ses bras. Il y restera confortablement blotti jusqu’à la fin de la visite. Ils nous présentent d’abord les veaux qui viennent de naître et qui tètent les doigts si on les laisse trop près de leur museau. Puis, ceux qui sont un peu plus grand et sont dans des box : « Tu te rends compte, on les aime, on s’en occupe, on les soigne et pourtant on sait qu’un jour ils seront mangés. En plus, j’aime bien le veau. C’est drôle de se dire ça » Pense Sylvain tout haut.

Nous visitons ensuite le poulailler et ils en profitent pour aller chercher les œufs récemment pondus. Puis, ils nous font voir l’enclos aux lapins, mais renoncent à les sortir de leurs clapiers, car ils sont effrayés, se cachent et ce n’est pas la peine de leur faire peur… Enfin, ils nous présentent la salle de traite, nous expliquent ce qu’il faut mettre sur les pis des vaches avant d’installer les trayeuses ; Max, nous raconte amusé que l’autre jour, une vache l’a arrosé de bouse. Très pédagogues durant toute la visite, les deux enfants nous expliquent, cherchent à nous faire partager ce qu’ils savent. Plusieurs fois, je note l’emploi d’adjectifs possessifs « notre, nos… » comme s’ils étaient chez eux, mais sans aucune ambigüité, car en même temps, ils parlent claire-ment du retour prochain chez leurs parents.
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Un espace de transmission

 

Il n’y a pas si longtemps, la plupart des gens avaient dans leur réseau familial des liens avec le monde rural. Du fait de l’évolution de la société, cette fonction de transmission que pouvait avoir la famille même éloignée a disparu.

Les séjours de vacances à la ferme recréent sous une autre forme et d’une autre manière cet espace de transmission, pour découvrir, comprendre et s’approprier ce lien au vivant. - Qu'est ce qui amène le public à venir à la ferme voir des animaux plutôt que dans un zoo? La ferme est un lieu de vie où le paysan vit de son travail et de sa production. Les animaux y sont plus accessibles, avec une fonction, et on peut participer à leur quotidien: la traite, l’alimentation, les soins à des heures précises.

C'est en partageant ces activités que le public découvre que l'agriculteur a un métier, des tâches qu'il doit accomplir et qui prennent du temps que donc l'accueil ne peut se faire que dans le partage de ses tâches, dans « le faire avec » Si le paysan accepte d'accueillir sur son lieu et sur son temps de travail c'est bien pour partager un moment d'échange sur son activité. Malgré les difficultés d'organisation nécessaire pour accueillir nous aimons faire découvrir notre métier. Ceci ne peut se faire sans ouverture d'esprit et une grande disponibilité c'est pour cela que les visites ont un coût...

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Cet article est issu de la revue Les Cahiers de l'Animation