Suivi des pratiques informationnelles des jeunes et de leurs rapports aux fausses informations

Voici le quatrième rapport (2018) de l'Observatoire des pratiques numériques des jeunes, en Normandie. Celui-ci s'inscrit dans le dispositif Education aux écrans, projet rassemblant la Région Normandie, les Ceméa, les rectorats de Caen et Rouen, Canopé et l'enseignement agricole.
Média secondaire

Ces travaux sont menés par Sophie  Jehel, maîtresse  de  conférences  en  Sciences  de  l’information et de la communication Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, chercheuse au CEMTI (Centre d’étude sur les médias, les technologies et l’internationalisation),  en collaboration avec Léo Jannot-Sperry, diplômé en master 2 Information Communication.

Le recueil des données quantitatives issues du questionnaire passé dans les établissements a eu lieu lors de la première moitié de l'année 2018, 7257 élèves du niveau seconde y ont répondu à l’occasion de leur participation au dispositif Education aux écrans mis en place par les Céméa dans la région Normandie. Le questionnaire a porté, comme les années précédentes, sur leurs équipements individuels, leur accès à internet à domicile, leurs usages des réseaux sociaux, les difficultés rencontrées, leurs perceptions d’internet. Nous avons ensuite traité ces données avec le logiciel Modalisa.

La phase qualitative de l’observatoire s’est déroulée les 5 et 6 juin 2018 dans trois établissements participant au dispositif, auprès de 47 élèves de secondes générales et technologiques. Les rencontres ont eu lieu dans le cadre de 9 entretiens collectifs, dans des groupes composés de trois à huit adolescents.

Cemea

Les résultats de l’enquête ne conduisent pas exactement à la confirmation de nos hypothèses. Dans le contexte de forte mobilisation publique et médiatique contre la désinformation, les adolescents rencontrés manifestent des formes de prudence et cherchent surtout à éviter d’être catégorisés comme « crédules » et stigmatisés pour leurs croyances ou leurs doutes.

Si certains sont très clairs dans leur rejet de certaines tentatives de désinformation, qu’ils assimilent à de l’affabulation, d’autres ménagent des demi-croyances. Leurs formes d’adhésion sont plus subtiles, moins entières, plus négociées. Les adolescents avouent plus volontiers une sympathie pour la distraction que leur offre certaines « théories » complotistes, qui proposent des récits pas très éloignés de nombre de fictions (au croisement de la science-fiction et du genre policier). Un grand nombre se retire dans un « ni oui, ni non », un repli sur la nécessité de réserver une place aux choix personnels impliqués dans des croyances : chacun peut croire dans ce qu’il veut, les Illuminati, les esprits ou les sorcières.

Les plus investis dans la connaissance de ces théories manifestent une compréhension fine des enjeux politiques de leur diffusion, mais elle peut aussi les conduire à des formes de doute généralisé, s’exprimant dans des formulations du type « c’est faux, mais ça pourrait être vrai ».

Les méthodes de « vérification » de l’information qu’ils emploient réellement sont assez sommaires : si pour les informations qui les intéressent de près (relatives aux stars dont ils suivent les activités) ils peuvent croiser différentes sources d’information ou de supports d’information, pour le reste, c’est la télévision qui leur apparaît souvent comme le garant de la « certification » de l’information. Ils ont compris les techniques recommandées par les modules d’éducation à l’information et en ont une bonne mémorisation, mais elles leurs paraissent souvent très complexes à réaliser seuls, dans le contexte de la consultation des RSN. Les parents, mais aussi à un moindre degré les copains, sont des interlocuteurs qui permettent de tester la crédibilité de l’information.

Les vidéos de dénonciation, de Squeezie notamment, leur sont souvent connues. Elles ont le mérite d’adopter une position claire et de fournir des arguments objectifs. Elles ont dans le même temps popularisé et diffusé les thèses complotistes qu’elles dénoncent. Leur force réside aussi dans le fait qu’elles sont reprises dans les recommandations de YouTube, qui diffusent largement les vidéos complotistes, lorsqu’on a commencé à cliquer sur l’une d’elles. YouTube semble en effet être la première source de diffusion de ces formes de désinformation.

Pour lire le rapport complet, le télécharger

Observatoire 2018 Education aux écrans

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