Jeu de la Mourra

Quand un jeu de main traditionnel niçois, allie stratégie, activités d’expression et mathématiques
Média secondaire
A l'heure où l'on vit dans un monde de plus en plus connecté : ordinateurs, tablettes, smartphones, consoles et où dans plusieurs articles on peut lire les dangers de laisser les enfants face aux écrans pendant des heures, l'école peut et doit permettre de proposer autre chose. Parfois cela se fait naturellement comme lors du retour du jeu de billes que j'ai vu resurgir il y a 3 ou 4 ans dans la cour. Les élèves s'amusaient tranquillement par petits groupes sans l'intervention de l'adulte. Cette année, la corde à sauter a fait une timide apparition. Je m'étonne de ne pas voir le retour des osselets... Peut-être faut-il le proposer ? Ces jeux simples qui ne nécessitent presque pas de matériel et permettent des échanges entre pairs vont et viennent au fil du temps. Ils nous montrent qu'ils sont indémodables et que les élèves restent des enfants, intéressés par toute activité ludique même la plus rudimentaire. La Mourra fait partie de ces jeux aux multiples vertus. Je l’ai proposé à mes élèves et l’engouement a été immédiat.
Cemea

La Mourra, un peu d'histoire...

Il s'agit d'un jeu traditionnel séculaire et même millénaire puisqu'on a retrouvé des peintures funéraires égyptiennes datant du moyen empire (XXIe – XXIIe siècle avant J.C.) montrant des personnages qui semblent bien y jouer. Les Grecs puis les Romains l'avaient adopté. Ces derniers le pratiquaient sous le nom de micatio ou de micare e digitis (littéralement « le jeu du lever de doigts »). La mourra a ainsi traversé les siècles. Elle est citée dans la littérature comme par exemple chez Rabelais, Fénelon ou encore Apollinaire dans ces vers extraits de L'ermite (Alcools) « la mourre jeu du nombre illusoire des doigts ». Plus récemment, dans le film de Robert de Niro «Il était une fois le Bronx» une scène d'une vingtaine de secondes à la 74e minute montre les protagonistes en pleine partie... Jeu simple, jeu du peuple, des pauvres, des bergers et des bûcherons des montagnes... Aujourd'hui, la mourra est pratiquée essentiellement dans le sud-est de la France et plus précisément du côté de Nice et de son Haut-Pays. Mais elle se joue également en Corse, en Italie, on la retrouve sur le pourtour méditerranéen et même en Chine. Plusieurs associations la font perdurer, des concours et démonstrations sont organisés.

La Mourra, un jeu multiple

On voit déjà tout l'intérêt du jeu : simplicité des règles et apprentissage naturel ou consolidation du calcul. Mais rapidement on voit que cela va au-delà. Dans ce jeu il faut aller vite. Les points doivent s'enchaîner. Il faut acquérir une vivacité d'esprit, ruser, essayer de trouver la faille chez son adversaire, chercher à le déstabiliser par le geste, les mimiques, les intonations dans les annonces… Petit à petit, chacun met au point sa propre stratégie. On s'aperçoit également rapidement qu'il est indispensable d'avoir un arbitre car on ne peut pas être concentré sur le jeu et compter les points en même temps. En démarrant des parties par groupe de 3 ou 4 enfants, on a successivement deux joueurs assistés d'un ou deux arbitres. Il n'y a pas de temps mort car chacun est actif soit comme joueur, soit comme arbitre.

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Les règles de la Mourra

Ce jeu dont la base est simple peut se pratiquer dès que les enfants savent compter jusqu’à dix.

Un contre un :

les deux joueurs sont debout face à face ou assis de part et d'autre d'une table. Simultanément, les deux joueurs montrent (la mourra, jeu de montrer) un nombre de doigts de 0 (poing fermé) à 5 (cinq doigts levés) tout en annonçant un nombre de 0 à 10. Un point est remporté par le joueur qui a annoncé le nombre correspondant à la somme montrée. Un joueur A montre 2 doigts et dit 7, un joueur B montre 5 doigts et dit 9. C’est le joueur A qui remporte un point car 2 + 5 = 7. En cas d'égalité, personne ne marque de point. Une excellente vidéo explique bien le principe du jeu : https://www.facebook.com/cabanoncasamarte/videos/1089794991131226/

Jouer en équipe :

quand le jeu est bien maîtrisé on peut constituer des équipes de plusieurs joueurs. Chaque équipe est rangée en colonne. Le premier joueur de l'équipe A joue contre le premier joueur de l'équipe B. Dès qu'un point est marqué, le joueur perdant va se mettre en fin de colonne derrière ses partenaires. Le jeu continue avec le vainqueur et un nouveau joueur. Dans une autre variante, les deux joueurs peuvent s’affronter puis aller en bout de colonne laissant ainsi la place aux suivants.

Une ouverture culturelle

Ce jeu étant pratiqué dans l'ancien Comté de Nice où on parlait et où certains parlent encore « le Nissart ou le gavot ». Jouer à la Mourra peut aussi amener les enfants à compter en occitan : https://www.youtube.com/watch?v=NCP2-5CvHvQ

La mourra, jeu riche, qui permet de calculer, de mettre en place des stratégies, de développer sa concentration et sa dextérité, d'endosser différents rôles (joueur ou arbitre), de jouer en équipe et d'améliorer le vivre-ensemble, de s'amuser avec rien, si ce n'est les doigts de sa main.

Cemea

L’historique, ainsi que certaines descriptions du jeu de la Mourra sont tirées du livre de Pascal COLLETTA, La Mourra bella, histoire et histoires d'un jeu interdit , avec l’aimable autorisation de l’auteur . Pour en savoir plus sur la Mourra, voir les sites de l'association « Mourra Dei Quatre Cantouns » :

http://www.mourrabella.com/cms/

http://mourra.pagesperso-orange.fr/mourra/mourrabella.html

https://www.youtube.com/watch?v=5E1A2Y7O548