LA MÉDIATHÈQUE ÉDUC’ACTIVE DES CEMÉA

L'animateur et les Activités Physiques ou Sportives

Organiser, favoriser, accompagner la mise en activité des publics est au cœur de l'activité de l'animateur. Sa connaissance des activités physiques le conduira soit à choisir d'encadrer les activités, soit à faire appel à un prestataire
Média secondaire

En animation, les pratiques d'activité s'inscrivent le plus souvent dans une logique de projet. Elles sont le support principal de la relation de l'animateur avec son public ainsi que des relations des participants entre eux. Ce sont le plus souvent les activités dites de loisir qui sont utilisées. Même si elles le sont parfois pour des visées sociales, thérapeutiques ou d’insertion sans lien direct avec le loisir. Ces pratiques d'activités s’inscrivent dans des règlementations ; elles constituent un marché et des organisations spécifiques. Pour l'animateur, les activités et leur mise en oeuvre sont clairement considérées comme un moyen au service de buts plus vastes. C’est par et grâce à cette mise en activité des publics
que les animateurs poursuivent les finalités du métier : autonomisation, socialisation, citoyenneté, culture… Cette subordination des pratiques d'activité oblige l'animateur à considérer de manière originale les dimensions de maîtrise technique et de maîtrise pédagogique des activités mobilisées. La pratique d'activités revêt en animation des formes diverses selon les variables de public, de milieu, de support, d'objectifs... Cette diversité des modalités de pratiques exige de l'animateur des compétences d'adaptation et d'innovation.

Quelques principes pédagogiques

− La dimension affective est fondamentale : l'animateur permet simultanément de s'engager (d'oser) et respecte les différents niveaux d'engagement – quand on a peur, on n'apprend rien.
− La recherche de la performance et de l’acquisition technique ne sont pas les seuls buts de la pratique des APS.
– En animation, les modalités de pratiques des APS ne sont pas à copier sur le seul modèle sportif, elles sont à inventer en fonction du public, des milieux, de la structure.
– Avoir confiance dans la motricité spontanée des publics.
– Mise en activité rapide des personnes : explications et consignes réduites au minimum seront apportées progressivement.
– Permettre des prises de risque mesurées permettant l'accès à l'autonomie.
– L'animateur favorise la découverte, il accompagne les publics vers la complexité.
– Utilisons intelligemment l'image sociale de l'activité.
– La répétition de situation doit être possible : elle rassure, permet et renforce les apprentissages.

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Interdiction et prestation : dérives actuelles

Dans le domaine de l'animation, les APS, et plus largement la place faite à la motricité dans les pratiques, sont tiraillées dans deux directions négatives.

L'interdiction
L'idéologie sécuritaire ambiante entraîne une crainte irraisonnée de l’accident corporel et plus encore de ces hypothétiques conséquences juridiques. La meilleure manière d’éviter l'accident, et surtout ses conséquences pour l'encadrant, le responsable ou l'institution, serait de faire une croix sur ces pratiques dangereuses, de ne plus en organiser. Les textes réglementant ces activités sont supposés interdire ces pratiques ou les réserver à un encadrement et à des structures spécialisées. En fait, la situation est plus ouverte qu'on ne le dit. Pour les séjours et les accueils de mineurs, il n’en est rien. Ces pratiques d'animation bénéficient même dans ce domaine de réglementations intelligentes qui prennent en compte les situations concrètes : qui ? fait quoi ? où ? avec qui ? Il est ainsi toujours possible de proposer de réelles aventures motrices individuelle ou collective aux publics de l'animation.

L'achat de prestations
L'activité physique est trop souvent confiée à des prestataires. L'abus de cette pratique écarte les équipes de l’encadrement de ces activités. L'animateur va-t-il devenir le porteur de pique-nique marchant derrière le moniteur de... ? Son rôle va t-il se réduire à régler les menus problèmes d'intendance pendant que les professionnels se consacrent aux nobles tâches d'enseignement ou de sécurité !

Nous n'en sommes pas là, mais prenons garde. Ce recours permanent à des tiers entraîne un manque de matériel, d’engins, d’espace utilisable par les équipes. Peu à peu, le désir d'entreprendre et le savoir faire se tarissent et par là même la réflexion sur ces activités. Les activités physiques deviennent l’affaire de spécialistes, de conventions, d’intervenants extérieurs privant l'animation d’une famille d’activités historique. Efforçons-nous de donner aux animateurs les moyens d’utiliser eux-mêmes le formidable levier éducatif que sont les APS, et d’accompagner leurs publics vers des pratiques riches et autonomes.

 

Quelles activités les animateurs non spécialistes peuvent-ils proposer ?

Les APS constituent un ensemble vaste. Sans être spécialiste, l'animateur pour peu qu'il s'y soit un minimum préparé peut proposer à son public des situations variées tirées de ces différentes « familles » d'activités physiques.

Des activités dites de « pleine nature »
Elles doivent être faiblement techniques, et ne pas nécessiter de longs apprentissages préalables : se baigner, faire des randonnées à pied, à vélo, à roller, de la luge et des glissades, les grand jeux, les courses d'orientation, l'escalade sur bloc…

Des jeux à règles, traditionnels ou sportifs
Qu'ils soient organisés par les animateurs ou par les enfants eux-mêmes : les Barres, la Sardine, la Délo, le Badminton…

Des jeux moteurs individuels ou collectifs
Qu’ils soient spontanés ou induits par du matériel : grimper, sauter, viser, se cacher, lancer, courir, se balancer se tenir en équilibre, soulever rouler danser, glisser… Ces activités peuvent être organisées ou informelles. Concrètement, c'est l'ensemble des activités motrices que se donnent les enfants dans une cour de centre de loisirs ou bien les adolescents dans les gymnases en accès libre pendant les VVV (opérations Ville Vie Vacances) ou encore les familles d'un village vacances. Ce sont les aménagements et l'activité des animateurs qui vont favoriser ou non ces activités non structurées. Il existe une multitude d'engins souvent bon marché qui sont supports de l'activité physique, de la plus simple à la plus complexe.
– Des activités corporelles d’expression : du mime, des danses ;
– Des activités de cirque : jonglerie, acrobaties, simple équilibre;
– Des jeux d'opposition : combat de coqs, lutte au sol, les maîtres
du souffle ;
– Des sports collectifs adaptés : foot, basket, volley.
Même si ces activités sont souvent plébiscitées, il n'est pas si facile de les utiliser avec les publics de l'animation. Cela suppose d'être capable de modifier les variables de terrain, le nombre de joueurs, la qualité du ballon, les règles de jeu. Ces modifications permettent, sans casser la logique du jeu, de pallier le manque de technique ou de capacité d'organisation collective des joueurs.
– Des activités de tir sur cible : arcs, lance pierre, sarbacane ;
– Des tournois ou « rencontres sportives ». Il s'agit de construire des situations rassemblant un nombre important de participants pour des rencontres ou des compétitions à partir de différentes situations d'activités physiques. La gestion des variables : constitution des équipes, système des points, acceptation ou refus possible des défis, élimination... permettent des constructions pédagogiques diverses pouvant se démarquer des modèles compétitifs sportifs institutionnels.

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Quelles formes de pratiques les animateurs peuvent-ils proposer ?

Aménager, organiser pour permettre des activités spontanées Leur place est généralement trop réduite. Souvent induites par des milieux aménagés ou par la mise à disposition de matériel, solitaires ou collectives, elles représentent la forme privilégiée pour essayer, pour s'observer, faire et observer les autres. Les pratiquants vivent dans ces moments le parcours de l'apprentissage – essai, erreur, réussite – mais aussi la réplétion du plaisir du mouvement. Ces activités sont aussi l'occasion d'inventer des formes de pratiques, des règles éphémères ; c'est important dans une époque où les formes ont tendance à se standardiser.

Encadrer des activités que l'on propose
Il s'agit de l'ensemble des pratiques ou un « animateur » organise et rythme la pratique. Elles permettent la découverte de nouvelles formes d'activité. La conduite d'activité permet d'organiser et d'accompagner ces découvertes. En effet, les pratiques corporelles comme toutes pratiques culturelles ne sont donc pas directement accessibles. Elles sont transmises d'humain à humain. L'enthousiasme, le plaisir, la culture du meneur seront alors déterminantes. Les animateurs ont un rôle à jouer, dans la mesure de leur compétences pour faire accéder leurs publics à la diversité des formes de pratiques existantes.

Des pratiques d'APS incluses dans des projets
Les randonnées ou déplacement de petits groupes, autonome ou non, en sont l'illustration la plus connue et sans doute la plus pertinente. Pour autant, elles n'ont pas l'exclusivité. Des projets de spectacles, de compétitions, d'aménagement peuvent aussi s'appuyer sur les activités physiques. Dans ces logiques de projet, les activités physiques peuvent être le but même du projet : gagner le sommet, descendre telle partie de rivière… Mais elles peuvent tout aussi bien n'être qu'un moyen pour atteindre d'autres buts : aller visiter, rencontrer...

Des pratiques fournies par des prestataires
C’est la conséquence de la marchandisation. Pour autant, ces pratiques achetées à des prestataires ne sont pas à diaboliser. Les animateurs, selon leur niveau de responsabilités, ont un rôle à jouer pour cadrer la prestation, apporter des informations utiles sur le public à l'encadrant. Ils accompagnent également le public dans la pratique, partageant ainsi la vie du groupe.


Accompagner des publics et des pratiques

Piscine, patinoire sont des lieux publics permettant des pratiques d'animation. En plus d'y amener leurs publics, les animateurs ont un rôle à jouer pour enrichir la pratique despublics. Une prise de contact avec les personnels de l'établissement est souhaitable pour favoriser les relations. Avec la multiplication des terrains sportifs de proximité – terrain en accès libre de basket, skate parc – les animateurs sont parfois en situation d’accompagner des pratiques se déroulant en dehors de toute institution. Il s'agit là d'une excellente occasion de prendre contact et d'entamer une relation avec un groupe.


Ce texte est issu du Dossier 21 Activités physiques et sportives des Cahiers de l'animation Vacances Loisirs