Pour que les enfants participent vraiment
Conseils municipaux des enfants et des jeunes, conseils d’enfants, délégués de classe, etc. De nombreux dispositifs institutionnalisés dits de « participation formelle » existent. Ils permettent l’expression des enfants et des jeunes mais bien souvent la participation1 ne concerne qu’un nombre limité, reste consultative et rarement décisionnelle : leurs avis influencent peu l’organisation, les règles ou les politiques éducatives auxquelles ils sont rarement associés. Par exemple, dans la vaste majorité des Projets éducatifs Territoriaux (PEdT), ils ne sont pas même mentionnés comme des acteur·ices. Pourtant, aux yeux de la plupart des professionnel·les, ces dispositifs formels et “performatifs” de participation semblent souvent suffire à considérer le travail de participation comme accompli, laissant dans l’ombre toute sa dimension “informelle”. Pour que l’expérience démocratique soit effective, l’attention à la participation informelle des enfants est déterminante. Créer une culture commune de ce que recouvre une participation éthique et significative des enfants et des jeunes dans tous les espaces et temps éducatifs et de manière continue qui s’intègre au quotidien des enfants et des jeunes par le dialogue, l’écoute et l’observation, constitue donc un enjeu essentiel.
Susciter la participation
Cela signifie que les éducateur·ices doivent non seulement créer des opportunités de participation, mais aussi ajuster les situations pédagogiques afin qu’elles n’excluent aucun enfant et offrent un espace de décision et d’impact effectif. Une participation réellement inclusive suppose de diversifier les formes d’expression2 pour permettre à tous les enfants d’y contribuer. La participation informelle passe aussi par l’écoute des conversations spontanées des enfants et par des pratiques de groupes qui favorisent l’expression active de l’opinion des enfants. Une initiative ordinaire d’un enfant peut devenir un espace de participation lorsque l’adulte la reconnaît, l’écoute et lui permet de se développer. Cette démarche nécessite un changement de posture et une coopération entre professionnel·les, ainsi qu’une évaluation du niveau réel de participation en s’appuyant sur quelques repères. Il existe pour cela des questions simples à se poser : quels sont les espaces de décision existants ? Que peuvent réellement décider, influencer ou négocier les enfants dans la journée (activité, matériel, règles, espace, rythme, organisation) ? Quels sont les moments où les enfants proposent, choisissent, négocient,transforment ou initient quelque chose spontanément ? Comment les adultes répondent-ils aux initiatives spontanées : accepter, détourner, empêcher, négocier ? Quelle communication les adultes privilégient-ils ? Questions ouvertes, écoute, reformulation, négociation, prise en compte des propositions ? Les adultes soutiennent-ils l’initiative et le jeu libre des enfants ou préfèrent-ils diriger et imposer les activités ? Les outils de pédagogie institutionnelle comme les « conseils » offrent des repères concrets qui peuvent jalonner la vie des enfants dans les structures d’accueil et créer une culture et une pratique communes.
En 2007, Laura Lundy a pensé un nouveau modèle qui aide à repérer où bloque la mise en œuvre d’une participation effective des enfants et des jeunes. Son modèle passe en revue quatre items : l’espace, la voix, l’écoute et l’influence. Par exemple, un enfant peut avoir un espace et une voix, sans que cela débouche sur une véritable écoute ni influence.
Autre ressource, « Les neuf prescriptions de base pour une partition éthique et significative » (Save the Children, 2021) qui permet aux professionnel·les de vérifier concrètement, étape par étape, si leur démarche donne réellement aux enfants les moyens de participer, d’être entendus et de voir leur parole prise en compte, dans un cadre sûr et respectueux. Promouvoir la participation informelle permet de transformer la manière dont les professionnel·les accueillent et soutiennent les initiatives des enfants dans les situations ordinaires et permet surtout aux enfants et aux jeunes de faire l’expérience concrète de leur pouvoir d’agir dans la vie quotidienne.