Activités pour écrire sans danger

Souvent, les activités autour de l’écriture sont mises de côté dans l’univers de l’animation. Or, elles méritent d’avoir une vraie place dans le quotidien des enfants en dehors de l’école. Aborder différemment la langue ne comporte aucun risque et procure un plaisir insoupçonné.
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Média secondaire

Crésit photo : CEMEA

 

Il se dit que faire écrire et lire les enfants en centre de loisirs, dans les accueils périscolaires et pire encore en séjours de vacances, c’est une ineptie. C’est mal connaître les nombreuses entrées possibles dans ces activités. En effet, et sans vouloir à tout prix mettre en place des ateliers d’écriture (ce n’est pas de cela qu’il s’agit), il y a kyrielle de propositions qui conviennent à tous publics en fonction de leur maîtrise de la langue. Des jeux d’écriture jusqu’à des entrées plus élaborées, il y a de quoi désacraliser ce domaine et redorer son blason.

Ce qui suit n’a nulle prétention de faire le tour de la question mais juste celle de donner des pistes concrètes pour mettre en place des temps d’écriture avec des enfants et des adolescent·e·s.

De belles pages en perspective !

 

qu’est-ce qu’on risque et que fait-on risquer aux enfants et aux adolescent·e·s lorsqu’on leur propose une activité autour des mots, une activité qui les engage à écrire ?

Une sortie de l’école comme une sortie de route ?

Une panne de plume ?

Un dégoût des mots et de leur emploi ?

La mise au jour de difficultés diverses ?
 

Rien de tout cela, mais peut-être

une envie retrouvée de jongler avec les mots ?

La découverte de capacités insoupçonnées ?

Une confiance retrouvée ?

 

L’écriture, le maniement des mots sur la page, est encore le parent pauvre de l’animation dans ses déclinaisons diverses, comme si on avait peur de se mettre en danger et de ficeler le public, de l’emprisonner dans les rets du conformisme, fermés d’un inextricable nœud, comme si l’école était passée par là, qui prohibe, qui déconseille, qui dégoûte. Comme si écrire ne pouvait être un loisir comparable à une activité manuelle, un grand jeu, du chant ou une balade en forêt.

Comme si l’école avait l’exclusivité de cet exercice, comme si elle le confisquait, le cantonnant aux salles de classes. Et pourtant écrire c’est aussi jouer avec les mots, dire ce qu’on a jamais osé dire, dépasser ses réticences et lâcher les freins.

les conditions matérielles

- s’installer comme on veut, à l'endroit où on est le plus à l’aise, dans la position la plus confortable, l’écriture ne requiert pas toujours une table et une chaise

- choisir l’outil qu’on préfère, avec lequel il est agréable d’écrire (stylo-bille, stylo-plume, crayon à papier, feutre fin, ordinateur, téléphone portable, avec sa voix…)

le silence peut être aidant pour certain·e·s, pour d’autre un peu de musique (privilégier les écouteurs) favorise la mise en route et accompagne l’exercice.

C’est alors à l’animateur·trice d’entrer en scène

quelques règles tout d’abord :

- on se fiche de l’orthographe, de la grammaire, des conjugaisons et de la syntaxe

- on a le droit d’écrire ce que l’on veut (une seule exception : on ne dit rien d’insultant)

- écrire c’est aussi ne pas écrire

- le texte produit est la propriété de son auteur.trice
 

trois conseils :

- essayer de ne pas réfléchir

- se dire que tout mérite d’être écrit ou plutôt que rien ne mérite de ne pas être écrit

- accepter que tout ce qu’on écrit veut toujours dire quelque chose

 

Voici, en quelques étapes, une marche à suivre qui n’est aucunement un modèle mais un exemple de ce qui peut se faire : un chemin possible pour un public constitué de personnes qui maîtrisent l’écrit

1/ aborder l’écrit au travers de ce qu’ont écrit les autres (écrire avec les mots des autres)

- au cours d’une balade (ou en ville, ou dans le lieu où se passe l’atelier), il suffit de recopier ce qu’on voit écrit, sans intention de raconter quelque chose. Quelques mots par ci, quelques mots par là et le tour est joué. Les mots qui nous attirent, les mots qui nous font du bien, les mots qui surprennent… et le texte naît au fil des mots, sans qu’on ait désiré qu’il naisse.

Consigne : on n’ajoute rien de sa propre main, de sa propre pensée

- même processus, mais en prenant comme sources des livres, magazines, revues, journaux, publicité, flyers. Plus le corpus de textes à disposition est varié, plus cela offrira des registres différents, plus le texte produit sera riche.

- lorsque le groupe se connaît bien, on peut passer à une proposition plus élaborée sur le même schéma :


sur un petit papier, chacun et chacune écrit un, deux ou quelques mots (en les volant à un support écrit existant : journaux, revues, livres, albums jeunesse…), mais jamais plus d’extraits de plus de 5 mots), et il·elle recommence l’opération autant de fois que voulu, sur une durée qui peut aller de 20 à 30’. Dans un deuxième temps, il suffit de disséminer les petits papiers dans toute la pièce. Puis de prendre le temps de les lire tous. De choisir ceux qui parlent, de s’en saisir et une fois que l’opération est terminée, de se lancer dans l’écriture d’un texte (il vaut mieux ne pas vouloir à tout prix raconter une histoire mais plutôt rester dans une écriture poétique).

Une contrainte, toutefois : une personne ne peut choisir aucun petit papier dont elle est l’autrice.

- neige de mots dans la gueule du hasard

matériel : colle, papier blanc ou de couleurs, mots en boîte

 

cette activité demande une préparation :

découper une grande quantité de mots (dans des magazines ou des journaux) en variant les tailles, les couleurs, les polices d’écriture.

Les mettre dans une belle boîte (celles de bonbons ou de chocolats feront l’affaire)

Monter sur la table et par poignées, laisser tomber les mots sur les participant·e·s, qui ramassent ceux qui sont sur ou autour d’eux·elles et composent un texte en jouant sur les couleurs, les sonorités, les familles. La stratégie prend ici toute son importance, on peut décider de laisser jouer le hasard, ou de prendre le temps de réfléchir.

Cemea

La seule manière d’écrire étant bien de coller, il n’est pas possible d’ajouter des choses au stylo.

Afficher les textes (le visuel a ici beaucoup d’importance) si les auteurtrices le veulent. La lecture à haute voix donne une autre idée de ce qui est écrit.

L’affichage des productions est souhaitable, de même les scanner puis les plastifier ajoute à la qualité de la mise en valeur.

- variante

ce sont les participant·e·s qui découpent les mots avec la consigne de recouvrir chacun·e totalement un papier rigide dont la surface est la même pour tous et toutes

 

Crédit photo : CEMEA

2/ l’infra-ordinaire

quelques exemples

- écrire en s’appuyant sur les cinq sens (dans un lieu déterminé ou en déambulant). Procéder par petites touches comme des coups de pinceaux en ne cherchant pas systématiquement à faire des phrases : « nuages gris, arbres géants et dénudés, beaucoup de cailloux. Un stade au loin, un homme traverse la route... »

- vider son sac ou sa trousse et reprendre les choses qui s’y trouvaient une par une en les nommant, les décrivant et éventuellement en disant ce qu’elles rappellent

- qu’est-ce que j’ai dans mon frigo ?

- dans ma chambre, mon salon ou ma salle de bain, il y a…

- les listes : de mes ami·e·s, de mes jouets, de mes vêtements, de chansons, de sportifs.sportives...

3/ écritures à refrain

le principe en est simple : lancer un bout de phrase et demander aux participant·e·s d’embrayer et de répéter à chaque nouvelle idée comme un refrain la phrase de départ ;

débuts possibles :

- un jour

- il pleut

- comme d’habitude

- au bord de la falaise

- sur un fil

- avec toi

- et si

- j’adore...mais je déteste

- quand le vent souffle

- seul le saule pleure

- à l’horizon

- l’été dernier

- je prends le pari que

- un, deux, trois, partez

et d’autres à inventer à l’infini

 

ce qu’on risque en proposant ce genre d’activités en séjour de vacances, en accueil péri-scolaire et en accueil collectif de mineurs, c’est seulement de permettre aux enfants, aux adolescent·e·s de reprendre goût à la langue, à l’écriture et à la lecture. Et c’est le seul risque que prennent les enfants et les adolescent·e·s en choisissant de vivre ces animations. Et ça vaut vraiment le coup de le prendre !